Littérature - Le Café où vivent les Souvenirs de Toshikazu Kawaguchi (2018)
Ce petit livre, sorte de recueil de nouvelles dans le même lieu, m’a ravi par son fantastique souriant, même si les 4 récits s’ancrent dans une réalité parfois morose.
Si le titre original est 思い出が消えないうちに (Before the Memories Fade en anglais), traduit par Géraldine Oudin, c’est évidemment dans une version française que je me suis plongé. En réalité, il s’agit du troisième opus d’une série qui en compte aujourd’hui 6. Autant vous dire que je vais m’empresser d’aller lire les autres. A noter que cet opus fait aussi l’objet d’une pièce de théâtre. Le lieu est donc un café dans la petite ville d’Hakodate, ville portuaire d’Hokkaido, soit l’île au nord du Japon. Nous sommes très loin de la capitale même si l’on en parle souvent. Ce petit café à flan de colline a une particularité : Il y a une place dans le restaurant qui permet de voyager dans le temps. Mais pas n’importe comment puisqu’il faut que l’on vous serve un café et que vous n’avez que le temps que le café reste chaud. Il n’est pas possible de modifier le passé ou l’avenir et vous ne pouvez rencontrer qu’une personne qui est venue dans ce café. Voilà qui en refroidit (ah ah ) plus d’un mais ce petit établissement a ses habitués en plus des quelques touristes. Il a un équivalent à Tokyo…qui était l’objet des deux premiers tomes de la série.
Il se trouve que la propriétaire du lieu est partie dans un voyage et intervient sporadiquement dans les nouvelles. Sa présence est à la fois mystérieuse et envoutante. On sent une forte personnalité, fantasque qui laisse des traces chez son fils, mais aussi les différents employés et habitués. Ce voyage dans le temps n’a rien à voir avec ce que l’on voit habituellement puisqu’on ne peut rien changer au cours de la vie. Mais alors pourquoi venir rencontrer quelqu’un, se demandent certains ? Et bien justement parce qu’il y a des évènements de la vie qui nous bouleversent et nous perdent, où l’on a besoin de reprendre ses repères. Il en va ainsi d’une jeune femme qui a perdu sa soeur, d’une femme plus agée qui en veut à ses parents morts dans un accident, ou bien d’un membre d’un duo comique qui arrivé au sommet repense à sa femme décédée. Le deuil est en effet très présent dans chacune des 4 nouvelles. Peut-on continuer de vivre? Pourquoi est-ce l’être aimé qui a disparu? A priori rien de réjouissant. Et pourtant, la magie de ses nouvelles c’est que l’on sourit, on voit l’espoir renaissant.
Cela tient aussi au personnage de Sachi, une petite fille passionnée par la lecture et qui dévore notamment un livre de 100 questions avant la fin du monde. Des choix qu’on dira cornéliens en deux possibilités quand on apprend que le moment fatidique est proche. Là encore, nous sommes face au choix de savoir quand notre fin est fixée, ou celle d’un proche : Que fait-on de notre vie? C’est justement l’incertitude de la vie qui en fait le sel mais quand tout tournait autour d’une personne ou d’un rêve, comment aller de l’avant ? Même la dernière nouvelle, différente des trois autres, parvient à faire sourire à travers quelques larmes. Les histoires comportent un petit twist mais parviennent à tenir en haleine. J’ai pourtant mis un peu de temps à rentrer dans l’histoire pour la première qui sert d’exposition et de présentation des personnages. Et puis j’ai imaginé ce petit lieu d’une dizaine de siège, l’homme en frac qui disparaît, les vapeurs du café dans lesquelles nos personnages s’évanouissent, Sachi qui vient avec son petit plateau…
Et puis forcément, on se prend à réver soi-même de cette possibilité d’aller dans le passé ou l’avenir voir quelqu’un qui nous est cher. C’est là que vient la surprise de se confronter au regard de l’autre, puisque c’est un moment rare où l’on essaye de tout se dire….puisque justement ça ne laissera pas de trace, ça n’influencera pas le cours de la vie, ou la mort. Et pourtant, peut-on tout dire ? Ce sujet périphérique est abordé justement dans la 4ème nouvelle. Vivre avec des regrets ou pas ? Ce Best-seller aborde assez simplement ces questions qui nous taraudent parfois. Et même à travers le livre des 100 questions, il nous fait philosopher sur tous ces non-dits qui nous emprisonnent parfois. Alors comme je le disais en introduction, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce 3ème tome, trouvé un peu par hasard et je vais m’empresser de lire les autres, notamment sur le Funiculi Funicula (vous avez la référence?) de Tokyo. Et si cet ouvrage se classe dans le fantastique dans un futur très proche, il est quand même un peu.. en dehors du temps et même du lieu.
P.S. : J’ai lu déjà le premier qui introduit le principe et l’idée et j’ai comme l’impression que ça se bonifie… avec le temps, ah ah.