Réflexion - Canicule, miroir de nos dépendances
La dernière canicule (avant dernière, maintenant…) a été un choc en France avec ses morts (plus de 2000, estimation basse qui s’ajoutent aux 300 de celle de Mai…) et ses perturbations. Tout était pourtant prévisible et annoncé. Mais nous avons du mal à sortir de nos dépendances à l’argent, au progrès et au confort, à commencer par le pouvoir.
Alors que le débat était ridiculement centré sur la climatisation, du fait de la droite et de ses sbires médiatiques, peu d’observateurs ont montré nos faiblesses chroniques ou récentes, si ce n’est les éternels lanceurs d’alerte écologistes et anticapitalistes. A mon petit niveau, j’ai pourtant pu observer cette spirale infernale qui nous mène vers le chaos. Un Chaos pourtant annoncé de longue date par des rapports successifs, dont ceux du GIEC.
L’énergie
La France aime dire qu’elle a une énergie décarbonnée à 90% (cela varie…en allant voir le site éCO2mix de RTE France) et qu’elle est autonome. La photo doit être déjà plus nuancée du fait des combustibles et des périodes d’arrêt des centrales nucléaires. Mais la dernière canicule a montré aussi la fragilité du mix énergétique. En terme de production, les centrales nucléaires (67% en ce moment) ont besoin de refroidissement pour les combustibles et produire de la vapeur. Cela a un impact sur les fleuves et rivières concerné.es mais une eau devenue trop chaude ne permet plus une exploitation du moyen de production non plus. Plusieurs réacteurs ont du être arrếté. L’hydro-électrique (11%) aussi est touché par une baisse des réservoirs. Et lorsqu’en plus le vent disparaît ou devient ensuite trop violent, même l’éolien (seulement 2% en ce moment) peut être impacté dans une moindre mesure. Le solaire est largement moins développé que dans d’autres pays du sud. On ajoute la surconsommation ponctuelle des climatisation et ça peut déjà être problématique (+5000MW durant la canicule soit environ 3,5 réacteurs EPR). Mais dans tout cela, nous avons oublié le réseau. J’ai été confronté à une dizaine de coupures d’électricité durant 3 jours avec une qui dura près de 6h. On verra les effets sur tout le reste après…Mais évidemment, la cause est à chercher à la fois dans les moyens de production et de distribution. La cause ? Un réseau vieillissant, des installations de 30 à 50 ans qui fondent et explosent avec la chaleur. Une ville voisine fut impactée durant 48h et ce n’est pas réglé. Lorsque j’étais à Paris, j’avais connu cela avec un groupe électrogène bruyant et polluant sous la fenêtre pendant 1 semaine. Enedis estime qu’il y a 10 à 15 ans de travail pour remettre à niveau ce réseau…Mais le budget n’est pas prévu. Quand on sait que le gouvernement Lecornu a eu la bonne idée de diminer par 3 à 4 le fond vert prévu (en réalité, un rebranding ou renommage de fonds disparates déjà existants avant Macron) pour l’adaptation au réchauffement climatique, et qui était déjà faible et mal aiguillé, le résultat est là. La scission opéré entre Enedis et EDF n’a pas amélioré non plus la réactivité et les moyens préventifs, d’ailleurs. Même la crise pétrolière n’a pas amené à des mesures “antigaspi” alors n’imaginez pas que l’on va aussi éviter de consommer de l’électricité ! Sainte Croissance, priez pour nous.
Le Numérique
Dans notre monde actuel, nous parlons numérique et IA en y voyant des solutions à tout. Nous avons ainsi vu des DataCenters obligés de s’arrêter car incapables de refroidir les installations, déjà très énergivores et voraces en eau. Avec l’IA, on rajoute aussi une charge supplémentaire et je vous passe les prévisions les plus alarmistes sur ce secteur que l’on souhaite développer in-situ. Des ressources que d’autres secteurs, dont l’agriculture, n’auront pas. Mais une économie numérique sans électricité, ça ne fonctionne pas plus. La récente décision de la facturation numérique pour la comptabilité ne permet plus de se passer de l’informatique. Il y a moins de billets en circulation et une incapacité à prévoir une solution “analogique” de secours, comme une saisie manuelle des ventes pour un report ultérieur dans l’outil numérique. Cela me rappelle une situation vécue au Vietnam avec un aéroport sans electricité qui ne pouvait plus fonctionner, enregistrer les passagers, etc…Finalement, toutes les saisies et contrôles se firent avec le bon vieux papier et crayon et nous eurent 2-3h de retard. Là aussi, pas de climatisation etc…On me dira, un moindre mal quand on prend l’Avion, coupable aussi de ce même réchauffement climatique. A mon niveau, j’ai juste coupé les NAS et limité l’utilisation des ordinateurs pour des activités énergivores et productrices de chaleur. Pour le télé-travail, sans électricité, c’est compliqué…Car pas de box, pas de réseau. Il subsistait de la 4G cette fois mais mon téléphone actuel ne fait pas le partage de connexion. Je pouvais aussi continuer de travailler en local pour 1h ou 2. J’ai regardé à nouveau les solutions pour charger en solaire, avoir une batterie d’appoint ou même un onduleur (au mieux 1 à 2h si je limite au stricte minimum). Du secours, au mieux…mais c’est autrement qu’il faudra travailler.

Une consommation électrique exponentielle avec l’IA, selon les GAFAM eux même
Les Bâtiments
Une canicule, c’est une succession de jours de chaleurs et surtout des minimas très élevés. Autant dire que cela ne se ressent pas dans les 2 ou 3 premiers jours, à moins d’être directement sous un toît (coucou Quotidien…) ou dans un logement mal isolé. Il y en a beaucoup. Mais au bout d’une semaine, il n’y a guère de miracle si on a une partie orientée au sud. Ca finit par entrer et rester. La redescente est aussi plus ou moins rapide. J’ai beau avoir une végétation importante autour, elle subit aussi (on verra plus loin que c’est tout le vivant..). Mais en plus de cela, la solution de la climatisation est à double tranchant. Déjà, il faut avoir de l’électricité (voir plus haut). Mais en plus on rejette de la chaleur donc c’est à limiter strictement. Il va de soi que pour les établissements de soin, d’éducation, et accueillant beaucoup de monde (animaux compris), c’est une solution. Mais nous voyons aujourd’hui à quel point nos bâtiments sont mal adaptés à ce qui advient. A quelques kilomètres, c’est un quartier HLM et la moitié d’une ville qui n’a pas eu d’électricité durant 48h avec des immeubles oubliés par les mesures d’isolation effectuées, à minima, dans les villes voisines. Je connais quelqu’un qui se retranchait dans sa voiture pour faire tourner la climatisation et recharger son téléphone ! Aujourd’hui nous connaissons certains cas de décès par deshydratation mais les causes racines sont multiples.

L’utilisation de la climatisation dans le monde
Pas loin de chez moi, c’est un magasin d’une chaine de surgelés dont les climatiseurs ne tenaient pas plus 10 minutes car mal dimensionnés ou réglés. Lorsque j’apprends que le gouvernement commande 30 000 climatiseurs (portables ou split??), je suis inquiet sur l’installation mais aussi la maintenance car il peut y avoir des fuites de frigorigène, autre polluant important. Après l’Argent Magique, certains croient à la Climatisation Magique. Lorsque l’on construit à bas prix des hangars pour en faire des magasins, il ne faut pas s’étonner. Combien de fois ai-je vu des toits sans isolants avec des circuits de climatisation mal protégés dans les magasins. Mais j’ai aussi vu des toits végétalisés de bonne épaisseur qui permettent de limiter les conséquences, des climatisations pas réglées trop bas, car dans beaucoup de pays, on prend l’habitude de réglages à 20°c ou moins ! Si j’en ai besoin dans mon métier pour des considérations techniques, ce n’est pas le cas pour nos corps qui doivent s’adapter plus lentement…Je sais ce qu’est le choc thermique à la sortie. Ce n’était pas le cas pour le primeur du coin qui n’a pas pu exercer son métier et a du jeter fruits et légumes. Et on ajoute à cela des maintenanciers mal formés et des installateurs pro de l’arnaque, un budget de maintenance oublié dans les dépenses annuelles, le tableau est sombre pour la climatisation, qui reste un échangeur entre le froid et le chaud.
Petite pensée aussi à ceux qui ont des volets roulants électriques dépendant du réseau électrique ainsi que portails et autres…Mauvais choix ! Vous verrez quand vous serez dans le noir pendant des heures ou que vous ne pourrez sortir votre véhicule (même un vélo parfois…), que ce n’est pas agréable. Ca vaut aussi pour les parkings sous-terrain. Une petite analyse de vos risques s’imposent pour pouvoir actionner tout cela sans énergie ou avec une autre source que le réseau.
L’Agriculture
Mais avant cela, il y a la production agricole qui est touchée. Les plantes et arbres subissent les effets de cette canicule avec un nouvel effet baptisé “sèche cheveux”. Les fruitiers grillent sur place, les fruits en devenir n’y résistent pas. Baisse de production, donc de revenus ce qui se traduira par une augmentation des prix pour les consommateurs. Mais cette double peine n’est pas la seule conséquence. Dans un silence médiatique coupable et assourdissant, plus d’un million d’animaux sont morts durant cette période. Ce sont des poulets et autres volailles mais aussi des porcs qui ne voient déjà jamais le jour dans des hangars sans isolation et encore moins climatisation. Une souffrance animale extrème dénoncée aussi dans les transports d’animaux depuis longtemps. Les climatologistes et agro-climatologistes le disent depuis longtemps : Notre pays voit son climat évoluer et il faut donc adapter nos cultures. Il faut aussi penser à l’élevage. Notre cheptel est toujours adapté au climat d’avant. Peu de zébus et buffles ou autres espéces bovines adaptées aux climats tropicaux. Les nappes phréatiques sont vidées et les mégabassines, cette appropriation d’un bien commun, sont aussi asséchées. Les vignes ne sont plus rentables et il va falloir convertir l’agriculture, à moins de vouloir faire tout sous des serres ou dans des bâtiments adaptés à grand renfort d’énergie…électrique. Voir plus haut pour les conséquences que l’on connaît. Mais chez moi, il y a eu aussi une conséquence sur la distribution d’eau avec les coupures électriques. L’eau ne devient plus potable car on ne sait plus l’assainir !

Un petit tableau ensoleillé d’un certain Monet…
La Distribution
J’ai été confronté à de nombreuses coupures d’électricité, comme je l’avais été dans d’autres canicules. Pour moi la conséquence était limitée. Mais ce fut l’impossibilité pour les commerces d’exercer leur profession. Le boulanger ne peut plus chauffer son pain, et les vendeurs de produits frais n’ont plus de congélateurs ou réfrigérateurs fonctionnels très longtemps. Les fleuristes se calfeutrent comme ils peuvent… Mais même quand l’outil de travail n’est pas électrique, qu’il s’agit juste de vendre des biens, et bien nos systèmes de paiement sont indisponibles.. J’étais assez amusé de voir les coupures dues à la climatisation dans une boutique, ce qui coupait la box et donc il fallait attendre que tout se remette en place pendant 10 à 15 minutes, que la caisse se reconnecte, ce qui donnait le temps à la climatisation de sauter à nouveau. Personne ne savait comment couper la climatisation puisque le gérant était aux abonnés absents. Autour de chez moi, un supermarché a du fermer plusieurs jours. Il est le seul commerce d’une cité HLM et beaucoup de personnes agées y vivant ne sont pas véhiculées pour aller plus loin. Double dépendance donc au numérique et aux supermarchés plutôt qu’aux petits commerces, sans parler de ces quartiers où les commerces ont été tués par les hypermarchés, par l’insécurité puisque souvent on a supprimé toute présence policière préventive et laissé s’installer des économies parallèles, pour le dire diplomatiquement.
Les Transports
Pour réduire les émissions qui provoquent aussi ce réchauffement climatique, on parle souvent (pas assez, pourtant) de l’utilisation des transports en commun. Ils servent notamment à désenclaver les quartiers dont je viens de parler et donner de la mobilité aux personnes agées. Sauf qu’eux aussi ne sont pas adaptés à cette situation. Pour les trains, les rails se dilatent et sont mal dimensionnés pour de telles variations. Les climatisations des wagons, quand elles existent sont aussi mal adaptés, surtout quand le train attend en plein soleil avant l’exploitation. Pire encore, les derniers Bus RATP investis (cf cette vidéo ) sont eux aussi mal adaptés, peu maintenables et les conducteurs continuent à conduire avec 45°c dans la cabine ce qui a conduit à des accidents. Chez moi, on y ajoute des bus pas accessibles aux personnes à mobilité réduite. Cette dépendance à l’electricité s’accentue encore avec notre abandon des énergies fossiles. Pas question de revenir en arrière sur ce point puisque c’est au coeurs des raisons de cette canicule. Mais c’est là que nous devrions penser frugalité, baisse de notre consommation (je vous la refais la leçon sur les SUV?). Si c’est pour juste remplacer notre voiture thermique par une électrique en roulant autant voire plus, ça ne fonctionnera pas longtemps. Quand j’entends le “patron des patrons” et le ministre du travail se plaindre que la France est à l’arrêt, ils n’ont pas pris beaucoup de temps à réfléchir sur l’adaptation des moyens de production et des horaires à ces circonstances et donc des moyens de transport ou de télétravail des personnels. Suite à la canicule, il y a eu aussi de violents orages. Bilan, des arbres sont tombés sur les voies de chemin de fer et 1 semaine sans train dans des grandes villes de banlieue. Les entretiens des abords sont encore souvent faits au dernier moment. Avoir des moyens de transports moins énergivores mais aussi qui tiennent ces températures (donc avec des batteries dimensionnées pour l’utilisation de la climatisation) devrait être une évidence. Au Japon, pays qui subit de telles variations, il y a des trains et des rails qui sont adaptés, entretenus (enfin avec des tolérances supérieures..). Quand je vois qu’on se gausse presque des manques de secours au Venezuela victime d’un tremblement de terre, quand notre système de santé est presque à genou après 10 jours de canicule…J’en ai été témoin aux urgences.
Des Faiblesses Stratégiques
Toutes ces faiblesses au grand jour ne tombent pas non plus dans l’oreille des sourds et des plus cupides de nos ennemis. Elles sont exploitables dans les conflits hybrides que nous vivons aujourd’hui à travers les attaques dites “cyber” et autres sabotages. Ce n’est pas qu’en achetant plus de missiles et drones que l’adversaire que l’on finit par gagner. Regardez ce que visent Russes et Ukrainiens dans leur conflit : Des pôles industriels et énergétiques parce qu’ils en sont dépendants aussi, et les population civiles, hélas. La première (et j’aimerai dire la seule) guerre à laquelle il faudrait être mobilisée, c’est celle POUR le climat, contre notre impact négatif sur cette terre. La sécurité, l’emploi, le niveau de vie en dépendent très largement. Ce qui est rageant dans tout cela c’est que c’était déjà dit en 2003 (au moins…) mais que pour faire des économies qui n’ont profité qu’aux plus riches, on n’a rien fait. Et j’ai bien peur que l’on ne mette que des rustines là encore jusqu’à la prochaine fois. Sauf que des prochaines fois, il y en aura encore plusieurs cette année, sans parler des autres conséquences climatiques que sont les innondations et les orages. Comme un symbole, la seule mesure du gouvernement Lecornu fut de prolonger les soldes d’été! Pire même, ils ont continué à supprimer des budgets consacrés à l’adaptation climatique, quelques jours après.

Un gouvernement qui fait l’inverse de ce qu’il faudrait faire
Dans mon travail, on me demande d’analyser les risques et opportunités (démarche SWOT en anglais…). C’est très bien mais parfois nous ne savons pas répondre au risque ou cela est vu comme irréaliste, souvent trop cher. Nous sommes exactement dans le même cas à l’échelle du pays, du continent, de la planète. Mais ce qui est encore plus cher, c’est de ne rien faire et de réparer les conséquences de l’inaction. Les décideurs ne voient que le court-terme, pour des raisons électorales ou de dividendes, se disant sans doute que c’est le prochain qui gèrera la “merde”. C’est typiquement une conséquence de l’ultra-capitalisme actuel : Jouir et exploiter au présent et ne rien prévoir de l’avenir. Mais à notre niveau individuel, ne pouvons nous agir? J’ai entendu la droite dire que de toute façon nous Français, ça ne pèse pas grand chose si les autres ne s’y mettent pas…l’argument classique de celui qui ne veut rien faire, alors que justement ça bouge aussi coté Chine, Inde (OK, plutôt l’inverse coté USA mais pas éternellement), même si la croissance reste encore la boussole.
Avant cela, nos modes de vie
J’ai la faiblesse de penser que dès 2027, nous aurons un levier d’action pour la partie politique. Il ne s’agit pas de croire au solutionnisme soudain du Rassemblement Négationniste (RN…si vous ne l’aviez pas comprise), ni au conservatisme de Retailleau et son parti Les Retrogrades (je vais pas vous la traduire à chaque fois…). Et toujours pas en Glucksman, le Macron bis en plus demeuré mais tout aussi arriviste. Juste se souvenir de qui avait le pouvoir ces 20 dernières années (Attal, Philippe, Hollande, Cazeneuve, …) et n’a rien fait ou si peu… ou de qui propose la même chose en pire pour les droits humains. Mais de toute façon, le chantier est colossal maintenant et ne concerne pas que l’adaptation, le seul sujet entrevu par les médias. Oui, il faut s’adapter mais il faut aussi s’attaquer aux causes racines qui continuent de nourrir le réchauffement. Cela n’aura pas d’effet immédiat mais dans 10 ou 15 ans peut-être. Ca passe si vite…“Il faudrait rénover 700 000 logements par an d’ici à 2050. Remplacer les chauffages par des pompes à chaleur qui consomment moins. Passer du fioul ou du gaz à l’électrique produit sans émissions de gaz à effet de serre. La France doit mettre en place un plan d’électrification », défend Jean Jouzel. Oserais-je rajouter qu’il ne faudrait pas faire ça n’importe comment avec n’importe qui, comme justement les pompes à chaleur, ne pas électrifier sans diminuer la consommation? Et puis aussi s’attaquer aux financements de nos institutions financières à des projets polluants à l’étranger. Les COP n’ont évidemment jamais dicté de règles punitives sur ce sujet…Comme disait quelqu’un, il faut passer de l’éco-anxiété à l’éco-colère !
Aujourd’hui, il faut considérer le risque de tels évènements de Mai à Octobre. 2026 est un début. Il faut donc regarder ce qui se fait dans des pays tropicaux ou bien dans nos voisins du sud. L’Espagne a souvent été citée parce que comparable économiquement et culturellement. J’ai souvenir des horaires de mes collègues des usines espagnoles et des aménagements effectués. Mais surtout doit-on produire et produire encore à tout prix, notamment le prix humain? Par exemple, est-on obligé de recourir à des livreurs à vélo pour manger ce que l’on veut ? Est-ce que les plannings des constructions prennent en compte ces risques et adaptations nécessaires ? Même dans mon activité, je devrais prendre en compte le risque dans ce que j’annonce comme délai de prestation. Avez vous remarqué comment le bilan de surmortalité a été masqué cette fois, alors que l’Espagne savait annoncer rapidement des chiffres. En réalité, il y a encore eu des suppressions de poste depuis la crise COVID qui empêche des remontées rapides et des décisions efficaces, et ne négligeons pas le zèle de quelques fonctionnaires pour mettre la poussière sous le tapis. On l’a assez vu lors des crises de santé passées.

des nappes phréatiques à sec
Je ne vais pas énumérer tout ce qu’il faudrait changer, à commencer par mon petit niveau. Je vois bien que moi aussi j’ai profité aussi de ce monde que l’on imaginait infini, avec une croissance magique de l’économie qui devait profiter à tous. Les voyages, le confort, quelques luxes et plaisirs, … Tout ça changera mais il ne faut pas voir ça comme une punition mais une manière de redécouvrir ce qui est plus proche de nous, ce qui est plus utile. Si nous pouvions déjà cesser de nous copier les uns les autres à travers les réseaux sociaux, ça serait pas mal et ça éviterait la connerie du tourisme de masse, par exemple (et quelques accidents aussi…).
Et puis il y a toutes nos infrastructures qui sont problématiques : Bétonisation et bitumisation à proscrire, végétalisation à intensifier mais dans des conditions adaptées et pas des petits bacs où le végétal ne peut se développer. Protéger les forêts et ne pas y voir un moyen de production via les coupes rases. Un dernier exemple pour montrer nos erreurs : L’A69 est un projet cher et qui profiterait à bien peu de monde et que le conseil d’état vient de valider définitivement. Que se serait-il passé si cette même région (dirigée par une faux-cialiste aux idées proches du RN), avait redirigé sa participation (actuellement dans un projet public privé) vers des projets plus écologiques pour anticiper ? Environ 150 à 200 Millions d’Euros… On peut en fait des choses avec une telle somme. A Marseille par exemple, on estime à 845 Millions la rénovation de 472 écoles (cf rapport parlementaire du 6 décembre 2023 sur l’adaptation de l’école aux enjeux climatiques). Et ces dernières semaines, les images ont été flagrantes pour montrer les mauvaises orientations : Comme chaque année LVMH privatise un espace public avec une installation monstrueuse et sans âme, cette fois avec une vague d’eau…et on fait intervenir 6 véhicules de police pour empêcher des gamins de se raffraîchir dans une petite piscine gonflable peu profonde mise dans une zone certe publique mais ne dérangeant personne. Des symboles, nous n’en avons décidément pas manqué. Par contre, coté actions concrètes et décisions, ce fut très pauvre.
Mais pour terminer sur des bonnes nouvelles, je vois des projets de végétalisation de la Place de la Concorde (ce qui compense peu la bétonisation galoppante et les projets mégalo comme la Tour Triangle), des ilots d’arbres bien réalisés dans certains quartiers donc quand on veut on peut. Et comme la Mairie de Paris aime bien justifier les privatisations de LVMH par l’aura que ça rapporterait, je me dis qu’une ville infréquentable de Mai à Octobre attirera moins de monde, même si on lui met la clim dans le taxi et l’hotel. Mais surtout, ne miser que sur le tourisme et oublier ses habitants, c’est assez symptomatique de notre société. De mon coté, je me dis qu’il va falloir être encore meilleur pour la prochaine fois, à raison d’au moins une canicule par mois durant nos désormais 6 mois d’été…et justement se rendre indépendant des aléas entrevus ici….sans être égoiste.
