BD - Le Monde d'Arkadi de Caza (1989-2008)
Je suis fan de Caza, l’illustrateur, depuis mon adolescence. Mais curieusement, je n’ai quasiment pas lu de ses BD. Avec l’édition intégrale de son oeuvre phare, ça me donne l’occasion de me rattraper.
Caza, c’était pour moi un des grands illustrateurs de romans SF et Fantasy. J’avais même un poster de l’une de ses oeuvres. J’aime son style très reconnaissable, précis, avec une utilisation de la couleur et des reflets qui ne tient qu’à lui. Mais j’avais du lire une BD, sans que cela ne me marque plus, sinon pour admirer le style graphique. Dans l’introduction de cette intégrale, il y a une préface de Serge Lehman, l’auteur et scénariste de SF. Lui aussi était fan de l’illustrateur d’abord…mais arrêtons là les souvenirs pour revenir à ce pavé de 9 tomes.

Nous sommes sur une planète baptisée Terre mais qui s’est arrêté de tourner il y a 10 000 ans. On ne sait pas complètement ce qui s’est passé mais ça a à voir avec la lune aussi. Tout le climat a changé puisqu’un coté est constamment sous l’influence du soleil tandis que l’autre reste dans l’ombre. On a donc une planète qui a une moitié de désert de sables et de pierre, et l’autre de neige et de glace. Au milieu se maintient un semblant de vie mais baigné par des vents gigantesques. A cela s’ajoute l’influence de radiations (!?) qui a donné des humanoïdes irradiés, déformés qui sont les parias. Les humains ou ce qu’il en reste sont ainsi modifiés, parfois hybrides et retranchés dans quelques villages souvent autour de points d’eau. C’est dans un de ceux là que vit Arkas, héros du tome 0 (écrit plus tard que le tome 1). C’est le père d’Arkadi et jeune, il se rend coupable d’un méfait qui le fait errer ensuite et rencontrer une femme, une “sorcière” qui donne naissance à Arkadi. Loin d’eux, il y a la ville de Dité, un dôme protecteur qui illumine des humains parfaits à la technologie avancée. Ils sont dirigés par des ordinateurs à la forme humaine et protégés par des cyborgs, les titans. Parmi ces titans, il y a Or-fé, un poête qui leur fournit des rêves sans lesquels ils ne peuvent survivre. Mais Or-fé a perdu son amour et a demandé à ce qu’on lui ramène à la vie…
On le voit, l’histoire est complexe et il n’y a finalement pas de trop de 9 tomes pour développer ces histoires (on en sait beaucoup plus au 7ème). Au coeur du récit, il y a cette réinterprétation SF du mythe d’Orphée avec toute une bonne part de la mythologie grecque. Les noms sont assez faciles à reconnaître…Mais ce n’est pas que de la SF avec l’aspect fantasy de ce monde, les pouvoirs psy que peuvent avoir certains personnages et le retour à une humanité quasi préhistorique parfois. On est dans le post-apocalyptique mais il y a des personnages inspirés de l’Heroic-fantasy comme Pan-Dra qui apparaît un peu plus tard dans le récit. Ce n’est pas Pandora la femme parfaite mais une guerrière parfaite. Le vocabulaire de nos personnages est lui aussi particulier avec des mots inventés pour désigner certaines choses qui n’existent pas chez nous. IL n’y a pas de nuit mais les humains doivent dormir…donc la Dorme. Le calendrier est pris à partir de “La Masse” et nous sommes donc en 10025 et 10041 environ. Les personnages ont souvent des quêtes au long cours qui les fait voyager dans ces contrées hostiles où peu d’animaux ont survécu. Il y a des dieux, des titans et des sortes de robots à l’apparence maléfique…Une œuvre évidemment riche où Caza peut donner livre court à son imaginaire et à sa palette de dessinateur.
Car évidemment les planches sont magnifiques. Il y a des villes, des villages, des paysages de toutes sortes. Les scènes de combat ne sont pas trop présentes mais bien gérées pour le mouvement et l’intensité. Il fait chaud, très chaud et le tissus reste rare pour ces hommes et ces femmes aux corps sculpturaux. Nous sommes dans les années 80 aussi et c’est de la BD adulte. Pas forcément du sexe mais il y a de la nudité. Le dessin et même l’histoire peut parfois nous faire penser à un de ses collègues, Moebius. Caza a aussi travaillé pour Metal Hurlant dans les années 70 et ça se ressent. Il y a aussi du Druillet dans le style de certaines planches. Mais il a su trouver son propre style aussi et le garder tout en le faisant évoluer dans le détail. On le voit notamment dans sa manière de dessiner les visages, souvent anguleux. Et pour l’histoire, on peut parfois se perdre, prendre certains albums indépendamment en se demandant comment ils s’intègrent à l’histoire. On a presque l’impression de reboot parfois mais tout se met en place dans cette nouvelle mythologie. Et j’ai du relire un peu sur ces personnages pour essayer de comprendre les passerelles, sans oublier ce qu’est ce monde…Le monde d’Arkadi. Un monument de la BD qui malgré l’age reste puissamment attractif.

