Réflexion - fin du support physique, on vous avait prévenu
Oui, On est peut être un con, mais parfois il faut l’écouter. L’annonce de Sony d’arrêter le support physique pour les jeux l’année prochaine n’était pas une surprise, si on prend un peu le temps de le réflexion.
Sony arrête le support physique des jeux sur la PS5 en 2027. Au premier abord, ça ne vous défrise peut-être pas la moustache (paraît que c’est à la mode…) mais j’aurais une question à te poser, à toi, joueur : Quel est le dernier jeu physique que tu as acheté ? Quand es-tu allé dans une boutique pour cela ? Si tu es joueur PC, je pense que c’est il y a très très longtemps maintenant et que tu es utilisateurs d’une plateforme comme Steam, GOG, ou Itch.io peut-être. Moi qui ait arrêté après la Switch 1 et la Xbox360, ça remonte à quelques temps aussi puisque le dernier achat fut une promo sur Nintendo Store en dématérialisé…et juste avant un jeu en boite avec un code de téléchargement. Bref, ça fait déjà plus de 3 ans qu’on a pris cette habitude…Ce qui correspond un peu à mon retour dans le rétrogaming (qui n’empêche pas d’utiliser des sauvegardes dématérialisées), tiens !
Les boutiques physiques ferment les unes après les autres aussi pour cela, depuis l’avênement des “stores” des différents constructeurs. Je passe parfois devant un Micromania où il y a rarement plus d’un client et où c’est plus des goodies que des jeux. Ajoutons à cela le prix des consoles qui augmente et les studios qui ferment et ça pourrait commencer à ressembler à un crash du secteur. Non rassurez vous, ils vont trouver du monde pour payer 70 à 100 euros le jeu ou attendre l’hypothétique promo ou bien encore s’abonner à un pass annuel. Les effets de bord de tout cela sont pourtant déjà connus sur les précédentes générations de console : Un jeu dématérialisé ne se revend pas en occasion; Un jeu dématérialisé ne s’échange pas avec les ami.es; Un jeu dématérialisé peut cesser de fonctionner si les serveurs associés sont arrêtés. Le joueur qui revend régulièrement son hardware pour un nouveau modèle s’en foutait un peu, puisqu’il revendait les jeux avec…Mais celui qui garde ses consoles n’est pas du même avis.
Cela me rappelle déjà un peu ce que j’avais dit sur les services en ligne des voitures actuelles et récentes. Une bonne partie des fonctionnalités ne sera pas maintenable au delà de 7 à 10 ans. Et je n’imagine même pas ce qui se passe en cas d’abonnement à des fonctions avec la revente d’un véhicule (cf Tesla, BMW…). Mais on peut simplement se retourner sur l’histoire de l’informatique et s’appercevoir que la rétrocompatibilité des OS a aussi été un problème avec la problématique d’avoir soit un logiciel qui ne fonctionne plus, soit un système d’exploitation dépassé et avec des failles de sécurité. Rien n’est éternel dans l’industrie du numérique et la préservation de tout cela est un problème majeur. Pour tous les fans de jeux vidéos “anciens”, préserver les nouveaux supports va être un nouveau problème de plus…surtout avec les protections mises en place dans les jeux dématérialisés ou non. Il faut s’imaginer qu’il faudra recréer les jeux actuels pour qu’ils fonctionnent en émulation dans le futur en sauvegardant ces contenus. Le capitalisme nous dit que les constructeurs essaieront de les revendre sous une autre forme en faisant repayer le client. Même dans le retrogaming, on avait des protections avec les manuels de jeu dans les années 80-90, ce qui était chiant à l’époque et encore plus quand on ne sait pas de quelle version du manuel on parle.
Si on prend aussi l’exemple de la Musique, le fait d’utiliser le streaming via des abonnements nous dépossédait déjà de ce que l’on écoutait. Un album disponible un jour ne le sera peut-être pas le lendemain selon les contrats entre diffuseurs, maisons de disque, artistes. Car certains artistes peuvent décider de se retirer de certaines plateformes pour reprendre en main leur diffusion (et enfin gagner le juste prix de leur travail..). On le voit par exemple chez Jack White (ex White Stripes). Car par le streaming, les artistes touchent beaucoup moins d’argent qu’auparavant avec les ventes physiques (même chez Qobuz, on est à 0,016 centimes par stream…4 ou 5 fois ce que font les concurrents si prisés, je vous laisse compter). D’autant que les plateformes sont toutes puissantes pour fixer leurs règles et insérer même des publicités, comme on peut le voir chez Netflix pour le cinéma, les séries. Si j’utilise plutôt Bandcamp, c’est aussi pour la rémunération de l’artiste et la possession de l’album, qu’il soit physique ou dématérialisé, et sans DRM.
Idem donc pour le Cinéma, à la différence près que l’on regarde moins souvent à nouveau un film par rapport à une écoute musicale. La période Covid avait accentué ce phénomène par rapport à la fréquentation en salle mais ça en dit beaucoup sur nous même. OK, parfois il est dérangeant d’être en salle auprès de gens qui discutent et mangent pendant un film. Mais le plaisir est différent avec un instant pris dans notre vie pour regarder ou écouter. Maintenant ou picore les films et série, laissant le visionnage en plan, accélérant parfois certains passages. Il n’y a plus le même partage après le visionnage à chaud. Idem pour la musique où on ne prend pas le temps de rentrer dans un album, surtout quand il est plus conceptuel. J’ai mis plusieurs semaines à apprécier vraiment le dernier Devin Townsend avec toute la dimension symphonique, les enchaînements de plages, les détails et les textes. Si beaucoup d’artistes se formatent pour les plateformes avec des titres plus courts, catchy dès l’intro, sans ponts, il y en a heureusement qui refusent encore ces diktats.
Au fond, si nous avons accepté tout cela, c’est pour ne pas avoir à bouger notre cul de notre chaise ou notre lit. Pas besoin d’aller chez le disquaire, le magasin de jeux vidéo, le supermarché ou au cinéma. Tout est à portée de main, sur PC, smartphone ou sur la box. On préfère de la musique jetable, tout comme les séries vites expédiées, juste pour cocher une case, parader avec son égo. Il n’y a plus autant d’investissement autour du bien culturel. On le voit aussi à travers la baisse de la lecture (et je ne parle pas des blogs…ha ha ). Tout doit aller vite, trop vite…sauf peut-être le téléchargement des jeux qui sont toujours plus gros sur des disques durs aussi plus gros (et plus chers…). L’échange entre potes dans la cours, bof, du passé…On se parlera juste du dernier jeu pris sur le gamepass ou de la vidéo youtube ou tiktok d’un quelconque influenceur.
Ne faut-il pas y voir simplement un changement de génération, et pas seulement chez les joueurs. Je me souviens de débats qu’avait Marcus sur feue Game One avant de céder aussi au dématérialisé et aux abonnements. Est-ce un combat d’arrière garde ? Ne peut-on rien contre cette grosse machine numérique qui finit par avaler tout ? Il faut pourtant penser qu’il y a des effets que nous ne voyons pas d’où nous sommes. Si un joueur pouvait avoir une Playstation 5 au Sénégal ou au Kenya et jouer à des jeux physiques, il ne pouvait pas utiliser le PlayStation Network pour des jeux dématérialisés et les services en ligne car indisponible. Seule l’Afrique du sud dispose à ce jour du service. Pas mieux chez Nintendo et à peine mieux chez Microsoft. Voilà qui continuera à creuser un fossé numérique déjà bien réel dans l’accès aux ressources culturelles. Nous le connaissons déjà dans l’accès aux service chez nous rien que pour prendre des rendez-vous médicaux, ou accéder à des formulaires administratifs. Il était social et générationnel, il devient aussi géographique.
Notre passivité et notre fainéantise, disons le… et je m’inclue dedans, a laissé cette situation se développer. Sony ne compte pas céder! Progrès, nous répondra-t-on…Est-ce vraiment un progrès lorsque l’on laisse disparaître aussi des milliers de créations passées ? Dans l’histoire du cinéma, il y a eu cela dans les débuts quand on réutilisait d’anciennes pellicules pour éditer de nouveaux films ou quand le média était trop fragile… des milliers de films pionniers ont disparu tout simplement (par exemple quelques films d’Alice Guy…). Je pense qu’il en a été aussi de même pour la musique pour quelques enregistrements en 78 tours. Evidemment, cela me touche parce que je participe à mon petit niveau à entretenir la mémoire du jeu vidéo dans une vaste base de donnée mondiale, que j’espère pérenne. Mais je vois aussi la même chose dans mon activité professionnelle où il faut conserver les sources, les installeurs et parfois les OS qui vont avec pour de vieux moyens, parce que nous n’avons pas le choix… Au fond les décisions visent surtout à faire toujours plus de profits et s’affranchir des marchés de niche que sont devenus les supports physiques. Et même si les 33 tours vinyles ont repris de l’allant, cela reste un micromarché par rapport à la masse. Mais tout n’est pas perdu puisque dans les nouvelles générations, certains découvrent le charme du support physique et ses avantages. Alors, verra-t-on un jour un constructeur de console faire machine arrière? On l’a déjà plus ou moins dans le retrogaming chez Evercade, succès plutôt innatendu face aux nombreuses consoles fournies avec des milliers de jeu…
A suivre ? Je crois que c’est tout suivi pour la prochaine génération de console mais qu’une partie des joueurs migrera peut-être sur autre chose.