Musique - Devin Townsend - The Moth (2026)

C’est l’album d’une vie pour cet artiste multi-instrumentiste et inclassable. Du jeune musicien reperé par Steve Vai à aujourd’hui, il aura nourri ce projet de toutes ses expériences.

J’avais chroniqué un de ses premiers projets solo, Ocean Machine, qui déjà empruntait au Metal mais aussi à beaucoup d’autres styles. Mais ici, il a mis la barre très haut et a commencé à travailler dessus il y a 30 ans, en parallèle de tous ses autres projets. A la première écoute, on pourrait presque penser à une bande son de film, avec de larges parties symphoniques, des choeurs, de l’instrumental et du chant parfois parlé. Le morceau éponyme en est la parfaite quintescence malgré sa taille réduite. Il s’enchaine parfaitement avec le autres parties de l’album et le choeurs de l’orchestre hollandais qu’il a utilisé. Le single “Enter the City” qui a précédé la sortie de l’album est grandiloquent avec ses soli de guitare, ses percussions, ses choeurs et les voies entremélées de Devin Townsend et l’ancienne chanteuse de The Gathering, Anneke van Giersbergen. Après ce premier pic d’intensité, “Covered by Causes” marque une première rupture. C’est ici la chanteuse chinoise Lynn Wuu qui officie à ses cotés avec quelques paroles en mandarin. On sent poindre les éléments plus metal et sombre derrière cette douceur affichée pour un morceau de 8 minutes ! L’orchestre symphonique prend sa pleine mesure et l’intensité montre crescendo avec les choeurs, la batterie, les riffs. “Arise and conquer the morn! ETERNALLY, ETERNALLY, RETURN TO ME”. Quel morceau !

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Mais le son devient plus électronique et plus heavy dans “Lexin” avec toujours le support du symphonique. Nous sommes vraiment entré dans le coeur de l’album et du projet. “FREAK! FEED ME! SICK HUMAN REJOICE!” On retrouve des thématiques récurentes de Townsend. On y parle aussi d’Orion, ce chasseur géant de la mythologie grecque mais aussi mesopotamienne…La réponse est-elle dans ces intermédes ? “It’s too late to run away, We’ve been lying, and we’re all just runaways”, …jusqu’a “The Mothers”, des parties plus instrumentales. “I see your mind in your eyes, I see your eyes on the door, Go with the wind” et souvent sombre et grandiloquente…jusqu’à un air retro et nostalgique, une valse. Tout ça pour justement en arriver à “Orion”. Le morceau est presque pop à tel point qu’on l’imagine dans un musical avec les mélanges vocaux, sa légèreté apparente, sa rythmique appuyée. Townsend parle de “Croire en soi” à propos de cet Orion, avec force trompettes et même quelques break electro. Une sorte d’ode à la liberté dans un monde qui en offrirait si peu. Du pur progressif et on est embarqué dans cet univers. Là encore, on imagine un film, sans doute autobiographique et poétique. L’intensité ne baisse pas malgré les intermèdes. “Home at night” montre l’étendue vocale de Townsend dans cette sorte de complainte. “Are we alone? Are we alone? So are we. Always suffering alone. Always suffering at home. Tell me”. Le projet est clairement un opera rock…et c’est le moment de l’entracte.

Tracklist :

On revient sur le thème de “Lexin”. Dieu revient aussi souvent dans cet album, comme ici et dans “The Clergy”. Le son passe de l’atmosphérique de l’entracte au sombre et pesant. Ce n’est clairement pas l’album à écouter en mode Random, tous les morceaux s’enchaînant dans une logique et une histoire. “Prepare for War” et sa suite “The Big Snit” se veulent ainsi comme une sorte de film, si l’on en croit le clip officiel. On parle de croire, on parle de domination sur un son plus destructuré et lourd : Guitare, cuivre, percussions et cordes se déchainent. “Judas is burning, And Jesus is learning the cause, God!”, “We face the ghosts that made us small… now!”. C’est un moment de l’album où l’on se rapproche brièvement de la sophistication du black metal d’Emperor. Décidémment, Devin Townsend semble réunir tout son art dans ce projet complexe qui est à la fois hétérogène dans le style mais homogène dans son traitement sonore.

C’est le genre d’album où l’on ne comprend pas tout dans les premières écoutes. Les morceaux sont parfois des diptyques, des triptyques. Le plus lumineux “Silver Princess” introduit ainsi une autre partie. On y ressent une sorte de renaissance qui se construit jusqu’à “Metamorphosis” avec même des choeurs religieux et des reprises de samples et de thèmes déjà entendus avant. L’instrumental est plus atmosphérique, comme une séquence de rêve. Nous arrivons à la dernière partie avec ce “Stained Hearts” emmené par une voie féminine cette fois et des choeurs masculins puissants, presqu’un duo, une retrouvaille. La conclusion est apportée par “Let Go” : “I learned a lesson, So come back down, I learned a lesson, Say my name, Say it, Orion, Say it “…Enfin il y a comme un générique dans ce film sans images, celui de “We Don’t Deserve Dogs”.

Il est bon justement de ne pas tout comprendre et d’imaginer. Cet album est une invitation à l’imaginaire de l’auditeur, à aller chercher et comprendre ce que Devin Townsend nous donne. A l’inverse de la musique que l’on consomme en streaming en picorant sans vraiment écouter, c’est un moment à prendre dans nos vies, comme lorsque l’on regarde un film dans une salle, que l’on lit un livre en laissant notre esprit construire le décor. J’ai été emporté par certaines parties, perdu dans d’autres. J’ai eu de la joie, de l’exaltation, de l’ennui, de la tristesse. Rien que ce final à l’allure très religieuse et rêveuse me fait m’interroger. Je ne sais pas ce que notre musicien polymorphe fera à l’avenir après une telle oeuvre. Sans doute pas évident de retrouver quelque chose à dire après un tel monument musical. Et pas évident à l’auditeur de reprendre le fil d’autres albums non plus.

Une Bande-annonce… euh non, le clip officielvideo


Ecrit le : 03/08/2026
Categorie : musique
Tags : 2020s,musique,metal,symphonique

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