Cinéma - Dossier 137 de Dominik Moll (2025)
Après l’excellent “La Nuit du 12”, le réalisateur allemand Dominik Moll revient sur une intrigue policière…mais hautement politique puisque cela parle de l’I.G.P.N. !
Sorti en fin 2025, ce n’était pas forcément le film de Noêl idéal. Et pourtant, c’est un film fait pour alimenter la réflexion du spectateur sur la Police, la difficulté de son exercice et les garde-fous mis en place. “Stéphanie (Léa Drucker) est enquêtrice à l’Inspection générale de la Police nationale. Lorsqu’un tir de Flash-Ball blesse grièvement un manifestant lors du mouvement des Gilets jaunes, elle doit établir les responsabilités.”
Le film a un aspect documentaire, tant il plonge dans ce service qui enquête sur les policiers. On comprend les rouages de l’enquête, les procédures longues pour obtenir toutes les images possibles et les analyser, les enquêtes de terrain sur des témoins éventuels…mais aussi auprès des policiers qui voient d’un très mauvais oeil toute critique sur leur action, surtout dans le contexte de l’époque. Fatigués par des manifestations à ralonge, mal préparés, pas ou peu équipés pour ces renforts de la BRI, ballotés dans des ordres contradictoires et parfois stupides, ils sont à cran. Et de l’autre coté, on a la victime d’une potentielle bavure, un jeune qui semble innocent, une famille détruite par le drame, et les revendications sur le pouvoir d’achat qui continuent.
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Dominik Moll montre cela à travers l’unique personnage joué excellemment par Léa Drucker. On a l’impression d’une inspectrice entre le marteau et l’enclume : Critiquée pour la lenteur par les victimes, vue comme une traître par les policiers, dont les syndicats qui sont prêts à couvrir n’importe quelle bavure sous la première excuse trouvée. Entre ces deux réalités qui se télescopent, il y a la difficulté de l’enquête, de démêler le vrai du faux. Le casting est au niveau, notamment Geneviève Mnich et Guslagie Malanda. Le personnage de cette dernière fait d’ailleurs de bonnes réflexions : Malgré les enquêtes et les preuves, y-a-t-il eu déjà des renvois? S’intéresserait-on autant à cette victime si elle était noire ou arabe ?
Comme nous l’avons vu récemment dans le racisme qui s’exprime lorsqu’un maire noir est élu dans une grande ville, il ne faut pas oublier le racisme et la violence qui s’installe dans notre société, et notamment dans l’institution policière. Le film ne met justement pas tout le monde dans le même panier. On voit cette inspectrice se démener pour rendre la justice comme elle le faisait avant dans les Stups. Ce sont souvent des femmes car les horaires sont plus compatibles avec le fait d’élever un enfant…Justement, on voir à quel point sa vie de famille peut-être troublée par ses enquêtes, la pression d’une hiérarchie qui subit aussi des décisions politiques. L’ambiance du film est prenante et on se demande par quel moyen elle va prouver que certains gradés couvrent des exactions, des violences.
La photo est assez sombre et grise, bleutée. Nous sommes au crépuscule des Gilets Jaunes, ce mouvement qu’on a laissé pourrir sans amener de solutions, comme on laisse aussi pourrir l’institution policière. Le film est évidemment très politique, sans prendre trop parti, sinon dans la dénonciation de l’inaction hiérarchique. Un film qui ne donne pas confiance en la police, mais ne masque pas ses difficultés pour rétablir l’ordre dans des situations inextricables. Le fameux “All Cops Are Bastards” est cité…Il y en a encore qui essaient de prouver le contraire. Dominik Moll nous donne les éléments dans cette fiction très inspirée.
