BD - Harlem Hellfighters de Max Brooks et Canaan White (2014)
A l’heure où l’on parle à nouveau de guerre de tranchées, de se faire à l’idée que nos jeunes pourraient mourir à la guerre, voilà encore un ouvrage essentiel.
Basée sur l’histoire vraie du 15ème Régiment de la garde nationale US, devenu le 369ème régiment d’Infanterie, ce Comics Book nous emmène en 1917-1918, lorsque les soldats US rejoignirent la deuxième guerre mondiale. Et plus particulièrement ce régiment constitué d’Afro-Américains, ainsi baptisé par les Allemands (Höllenkämpfer) pour la terreur qu’ils produisirent et le courage dont ils faisaient preuve. Ce régiment eu la particularité d’être intégré à l’Armée Française qui y vit aussi un prolongement de ses troupes coloniales. L’histoire de Max Brooks commence à l’engagement de ses hommes noirs venues des différentes couches de la société du Nord, dont notamment des musiciens de Jazz emmenés par un des pionniers de cette musique : James Reese Europe. Sans uniformes, sans armes, envoyés au Sud, ils durent d’abord déjouer le racisme et la violence de la société du sud, marquée encore par la guerre civile vieille de seulement 50 ans.
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Max Brooks sort de ses habituelles histoires de Zombies pour ce récit historique. Il se focalise sur quelques soldats et sous-officiers remarquables, mais surtout il décrit parfaitement l’enfer du conflit. Évidemment, une part est fictive, regroupant les histoires de différents membres du régiment. Mais cela ne gâche en rien le travail du duo scénariste - dessinateur. L’objet est bien de rendre hommage à ces pionniers des soldats afro-américains oubliés aussi par leur propre pays pendant des décénies. Je ne vous révélerai pas trop de cette histoire ici mais il va sans dire que nous étions bien avant le mouvement des droits civiques et que même au nord, il restait beaucoup à faire pour les droits des afro-américains.

Le dessin de Canaan White est puissant, fait d’un noir et blanc appuyé et n’occultant rien de l’horreur des tranchées, des attaques de gaz, du froid, de la peur, des rats et poux, etc… Et puis surtout de l’arbitraire des bombardements qui broyaient les corps, des combats au corps à corps pour quelques mètres de terrain et tout ça sans même savoir ce qu’ils venaient défendre. Que se serait-il passé sans cette histoire d’U-Boat dans l’Atlantique et la décision tardive du président Wilson ? Le récit parle bien des décisions de la hiérarchie militaire états-unienne, de leur peur à donner des armes aux afro-américains, qu’ils traitaient si mal. On pourra voir comment cela évoluera dans l’histoire de l’engagement militaire US, autant dans la seconde guerre mondiale que dans la guerre du Vietnam. Si aujourd’hui les drones ont pris la place des aéronefs biplans, il y a toujours la même horreur de la guerre, les même conséquences sur soldats et civils, et les même raisons obscurs à ces conflits impérialistes.
C’était il y a un peu plus de 100 ans. Plus de poilus pour témoigner alors il ne reste que les écrits et les images pour rendre tout cela. On parlait de la Der des Der…Mais sans ces Héros qui se sacrifièrent pour simplement être reconnus comme des hommes à part entière par leur propre hiérarchie, aurait-on connu une telle suite?