Cinéma - La Maison des Femmes de Melisa Godet (2026)
Incontestablement le film indispensable de ce trimestre. Car au delà de l’aspect militant ou documentaire, il y a un sujet de société essentiel, mais bien plus…
Le sujet est simple : Le quotidien de “La Maison des Femmes” de Saint-Denis, un établissement pionnier qui regroupe des spécialités dans le but d’accueillir les femmes vulnérables et/ou victimes de violences en leur proposant un parcours de soins. Derrière ce sujet général, on aborde des problèmatiques bien diverses, allant de l’excision jusqu’aux violences du quotidien, à l’emprise. Dans la réalité, c’est la Maison des Femmes fondée par Ghada Hatem-Gantzer. Dans cette fiction très réaliste, les noms des personnages ont été changés et s’inspirent aussi d’autres établissement du même genre. Ainsi, si à Saint-Denis le sujet des mutilations sexuelles était mis en avant, ailleurs ce sont d’autres sujets qui sont plus traités.

“Inès (Oulaya Amamra), jeune interne, débute son stage à la Maison des Femmes, au grand dam de sa mère (Aure Atika), qui aurait préféré pour elle une place de stage plus prestigieuse. Ce n’est que temporaire, Inès a déjà un poste qui l’attend dans une clinique privée du 16e arrondissement de Paris. Elle y est vite confrontée au quotidien d’un service qui se bat pour survivre: des patientes nombreuses, des moyens limités, la faillite menace. En plus, des inspecteurs de l’IGAS (Laurent Stocker) débarquent pour auditer la structure et critiquent la gestion administrative du service par Diane (Karin Viard) et son équipe.”
Déjà, le casting du film est parfait tant dans le choix que dans le jeu, que cela soit pour les personnages déjà cités, que par les autres soignants et accompagnants (Awa jouée par Eye Haïdara, Manon jouée par Laetitia Dosch ou le psy joué par Pierre Deladonchamps, Lucie jouée par Juliette Armanet…) et évidemment les patientes (, Yves-Marina Gnahoua, Fantadjene Kaba, Amandine Dewasmes, Joy Uwa, Eliane Umuhire, Délia Miloudi, Marie Matheron, entre autres). Pas de fausse note et le spectateur est parfaitement immergé dans ce service dans un point de vue presque documentaire. Mais avec des sujets aussi lourds, le film aurait pu être simplement malaisant, comme on dit aujourd’hui. Heureusement, cette équipe utilise aussi l’humour pour non pas se blinder mais simplement avoir suffisamment de recul pour accompagner chacune. La réalisatrice manie très bien cela dans une mise en scène équilibrée qui nous fait alterner sourires, larmes, rires, révolte et autres émotions.
Aucun des récits de toutes ces femmes n’est inventé. Ce sont des réalités qui touchent toutes les couches de la société française, de quelque origine que soient ces femmes. Nous aurions pu avoir une histoire qui se focalise seulement sur l’excision, comme dans le film Muganga, celui qui soigne. Mais dans le contexte actuel, le sujet aurait pu avoir des récupérations racistes. Ici nous voyons directement des femmes riches ou pauvres, femmes au foyer ou cadres, blanches, noires, etc…Mais le sujet central, c’est le rôle de l’Homme, du mâle. Les personnages masculins sont rares ici et dans des rôles plus positifs. Car ce qui ressort du film, c’est l’espoir, la solidarité d’équipes pluridisciplinaires, la sororité. Les coupables, maris, frères, pères ou mères ne sont pas montrés sinon vaguement, brièvement. La réalisatrice s’attache à montrer les conséquences de ces actes, les vies brisées que les soignants aident à reconstruire tant physiquement que pychologiquement. Est-ce que cela peut faire réfléchir ?
Tant dans les scéances avant que dans la séance dans laquelle nous étions, le public était à 90% féminin. Comme souvent, on essaie de précher les convaincues. Le film ne brandit pourtant pas de manière outrancière la banière féministe. Le sujet devrait être d’intérêt général pour faire changer les mentalités mais aussi pour favoriser de tels dispositifs. On y voit par exemple des intervenant.es sur des ateliers qui peuvent paraître loin du médical. Mais justement on en comprend peu à peu l’intérêt dans la globalité. Le film ne joue pas sur le pathos mais est un film divertissant, positif avec de multiples rebondissements dans le scénario. Du grand cinéma, donc, au délà du sujet traité. L’image et la photographie, dans cet environnement de banlieue, n’est aucunement grise comme on le rencontre trop souvent. Les contre-champs sur la vie de nos “héroïnes et héros” donnent aussi l’occasion qu’il y a à trouver l’équilibre avec toute cette charge émotionnelle. Dans les buts non avoués du film, j’y vois aussi une capacité à motiver à l’engagement dans ces actions, à capter aussi des fonds, comme ce qu’essaie de faire le personnage joué par Karin Viard.
De bonnes critiques, un bon bouche à oreille et le film semble continuer une bonne carrière qui le fait circuler des multiplexs jusqu’aux petites salles d’art et d’essai puis aux cinémas des villes moyennes de province. Le film rappelle que le sujet avait été cause nationale bien délaissée par les gouvernements de Macron. La crise du SARS-CoV2 (alias Covid) s’insère intelligemment dans le scénario, celle-ci ayant été un révélateur des violences, trop vite remises sous le tapis. Une belle occasion de débat et de remise en lumière nous est offerte ici.
