Cinéma - Mars Express de Jérémie Périn (2023)
Enfin j’ai pu prendre le temps de voir ce film dont on me disait tant de bien. Je voulais prendre le temps d’être dans les bonnes conditions…
Il s’agit d’un film d’animation français, ce qui est déjà rare, mais destiné à des adultes ou jeunes adultes, vu que c’est un film noir avec des éléments de la cyber-culture. La comparaison a été faite avec le Ghost in the Shell de Shirow et ceux qui l’ont lu/vu savent que c’est complexe. Ici l’histoire est un peu plus simple mais va chercher beaucoup d’éléments dans des oeuvres majeurs de la SF. Voilà donc pourquoi le film a reçu un bon accueil de la communauté SF.

Mais l’histoire du film, d’abord. Nous sommes sur un satallite articiel de Mars, Mars-Express, peuplé par les terriens et leurs androïdes intelligents. Des incidents ont déjà eu lieu à Novigrad entre des androïdes et des humains. Aline Ruby, Carlos Riveira et Chris Royjacker en sont des rescapés mais chacun a suivi sa voie : Aline est flic, ancienne alcoolique. Carlos aussi mais est un “sauvegardé”, tandis que Chris a fait fortune dans la cybernétique et la défense. Tout bascule lorsque Aline est envoyée sur terre avec Carlos pour capturer Roberta Williams (!!??) une adepte du “déplombage” des robots. Les robots n’obéissent alors plus aux fameuses directives (cf Asimov)… mais deviennent libres !
J’ai vu dans cette histoire beaucoup d’inspiration d’Asimov, Les Robots de l’Aube, notamment. Mais pas que… On peut y rajouter un peu de P.K. Dick, évidemment. Il y a des scènes qui rappellent furieusement Terminator, inspiration assumée de l’auteur/réalisateur. et j’en passe. Tout ça dans un dessin plutôt classique qui nous sort des films d’animation en image de synthèse qui ont tendance à tous se ressembler aujourd’hui. Ici, pas trop d’inspiration manga (et pourtant le réal est fan d’Otomo…). C’est quelqu’un de ma génération qui filme et ça doit me toucher forcément. Rien que le terme “déplombage” fait résonner en moi des souvenirs des années 90. C’est bien un film pour fan de SF et comme j’avais un petit manque de ce coté, j’ai trouvé aussi du plaisir.
Coté (petits))défauts, je trouve finalement l’histoire assez attendue. S’il y a un twist, il n’est pas si original quand on a une bonne culture SF (cf 2001, Wargame, etc…). Le choix de jeu des acteurs m’a un peu dérouté avec des voix très monocordes, détachées des sentiments, presque… robotiques. C’est évidemment volontaire, Léa Drucker ou Mathieu Amalric n’ayant rien à prouver dans le domaine. Là aussi, il faut aller plonger dans Asimov pour en retrouver la justification dans l’évolution supposée des sociétés humaines en dehors de la terre. L’héroïne est d’ailleurs assez critique sur les terriens…tout autant que méfiante avec les robots “libres”. C’est aussi un film d’action, un film noir avec des scènes violentes. Cela est contre-balancé par la mise en couleur qui n’a rien de noire, axée plus sur des couleurs chaudes, un environnement qui paraît parfois idyllique, un peu californien.
Tout ça nous donne effectivement un des meilleurs films d’animation de ces dernières années. Il sort déjà du lot par sa forme et son ambition à la fois stylistique et narrative sans rentrer dans la complexité de ses pairs. On y ajout un bon environnement musical (Fred Avril et Philippe Monthaye), un univers riche de références et bien développé et on a l’envie de spin-offs et de suites. Il se trouve par ailleurs que Jérémie Périn aura un peu d’activité dans la prochaine production d’Alex Pilot (Nolife, etc…et auteur du making-of). Bref, on va devoir se contenter de cela, surtout qu’une telle production prend énormément de temps (ici, cela a mobilisé 5 studios !). Fallait-il encore un témoignage du talent de l’animation française ?
