Geek - Nostalgeek mais pas mieux avant
Il est clair que je suis entré dans une période de Nostalgie sur les sujets geek. Ca se voit dans les sujets que je traite. Mais cela ne veut pourtant pas dire que c’était mieux avant. On parle souvent de Nostalgeek.
Tentons de définir le néologisme « Nostalgeek ». Comme vous pouvez l’imaginer, c’est un mélange de nostalgie et de geek, la nostalgie des anciennes pratiques geek, pourrait-on dire. Le mot est un peu plus français et est utilisé sur différents réseaux sociaux et sites web, également comme pseudonyme. Ce n’est pas le sujet ici, mais j’aime bien ce mot. Je suis maintenant dans la seconde moitié de ma vie, c’est certain (non, je ne sais pas quand je mourrai)… et cela change beaucoup de choses. Notamment pour la santé, bien sûr, mais je n’ai pas à me plaindre, comparé à d’autres… pour le moment. Mais pour tout ce qui touche à la culture geek, c’est une question d’expérience. Le mot « geek » est très populaire depuis les années 2000 et son étymologie est difficile à retracer. Même sa signification a évolué, mais je l’utilise ici comme « geek de l’informatique » : un passionné ou un expert, en particulier dans un domaine ou une activité technologique. Bien sûr, il faut aussi penser aux autres significations : « une personne, souvent intellectuelle, qui est mal aimée », « un artiste de foire souvent présenté comme un fou furieux dont le numéro consiste généralement à arracher la tête d’un poulet ou d’un serpent vivant »… Non, pas la dernière ! :-D
Le sens a changé parce que le monde a changé. Plus de technologie pour tous, mais une technologie que tout le monde ne comprend pas. Je ne dis pas que, jeune, je comprenais tout sur mon ordinateur (j’étais adolescent à l’époque), mais je comprenais nettement mieux à l’époque qu’un adolescent d’aujourd’hui avec son smartphone, ne serait-ce que par ça s’est compliqué. Je ne comprenais pas le fonctionnement des transistors, micro-processeurs et autres composants électroniques, mais je comprenais celui de certains programmes… même si ce n’était pas en langage assembleur. Aujourd’hui, beaucoup de programmeurs ignorent même ce qu’est le langage assembleur, car plus personne n’utilise les langages bas niveau. Ils sont bien plus à l’aise avec les langages de haut niveau et les méthodes modernes de développement de jeux et d’applications. Même le retrogaming se programme aujourd’hui avec des outils plus “intégrés”. Je voyais un reportage sur Clair Obscur, le jeu de l’année 2025 et ils parlaient que les artistes peuvent maintenant réaliser 99% du boulot de programmation avec les outils, les programmeurs purs passant juste ensuite pour optimiser et corriger. La puissance d’un smartphone, comparée à celle d’un ordinateur 8 bits, est telle que l’optimisation du code est souvent négligée. Idem sur PC et consoles. Une grande partie de la puissance se perd dans les bibliothèques, les niveaux d’outils et les dépendances. Je le constate sur l’ordinateur que j’utilise pour écrire ces lignes, mon vieux Lenovo X270, (ou celui qui lui succède pour l’instant). L’utilisation de la Mint me montre parfois des limites à avoir un système très intégré. Tout maîtriser est compliqué mais faire ses sauvegardes au lieu de les déléguer à des robots, et autres outils pour combler nos ignorances n’est pas toujours une perte de temps…
En fait nous sommes passé de l’artisanat à l’industrie du jeu vidéo ou même de l’informatique. Quand il y avait encore des petites boites qui bricolaient des ordinateurs dans des garages dans les années 70, les années 80 ont vu la transformation vers une standardisation dans les années 90 dont on a encore du mal à sortir. Coté programmation aussi, les équipes ont remplacé les projets solo, à part sur les plateformes rétro où il subsiste des sorties. Et cela atteint des limites mettant en danger la santé d’un studio si un jeu ne marche pas. Plus de programmeurs ou producteurs stars ou si peu aujourd’hui puisque les noms connus datent des années 90…2000 au plus. Mais je ne reviendrais certainement pas à un système entièrement en ligne de commande avec des interfaces non graphiques. La révolution du Mac de 1984 poursuivie par le Windows (surtout 95) n’a pas tant évolué…si ce n’est l’intégration du “En Ligne” avec Internet dans les années 2000. Et croire que l’IA actuelle est une révolution est prématuré. Ce n’est qu’une surcouche pour quelques incompétents, alors que le besoin est d’automatiser pour les plus compétents. Au contraire, cela accentue les stéréotypes puisqu’on est dans la recopie des plus grandes itérations. En y réfléchissant, c’était déjà le cas avant, l’humain adorant copier ce qui fonctionne, commercialement.
Être un nostalgeek, c’est comprendre ce que l’on a entre les mains et reconnaître ce qui est vraiment utile. En 1983, quand j’ai vu les premiers ordinateurs personnels, je n’aurais jamais imaginé Internet sur un téléphone. Mais je me suis bien amusé avec les premiers jeux électroniques comme la série Game & Watch de Nintendo. Certains de ces jeux ont été réédités ou copiés aujourd’hui, la plupart n’étant aujourd’hui que de mini-jeux dans une compilation. De nos jours, cependant, nous avons de nombreux jeux photoréalistes sur les consoles et PC de dernière génération. Je devais faire appel à mon imagination pour voir Star Wars dans ces jeux filaires des années 70 et 80. Maintenant, j’ai l’impression d’être dans un film. Mais est-ce plus ou moins amusant d’y jouer ? L’expérience est-elle aussi bonne ? Pas pour la plupart des jeux, je crois. Hier, j’ai joué à Stray, en contrôlant un chat qui explorait un univers photoréaliste. C’est amusant d’incarner un chat, mais au final, ce n’est qu’un jeu de plateforme 3D avec quelques énigmes. En termes d’expérience de jeu, c’est assez similaire à un jeu 2D comme Rick Dangerous ou à un jeu 3D comme Super Mario 64. A-t-il vraiment fallu 25 ans pour obtenir un rendu photoréaliste et un chat « réel » ? En regardant les meilleurs jeux de cette année, c’est la même chose : pas de concept nouveau, mais un mélange d’idées anciennes rendues plus réalistes et souvent plus complexes, ce qui finit par lasser. Très peu ont trouvé la recette miracle.
Je pourrais m’acheter un meilleur PC, une PS5 ou une Xbox One, mais je n’en ai pas envie. Ce n’est pas une question de prix, mais d’expérience de jeu (en plus ça me gonfle de télécharger 150Go de données !). Je m’amuse suffisamment avec ma collection de vieux jeux, surtout ceux de la fin des années 80 jusqu’au début des années 2000. À cette époque, tout était possible car la puissance du matériel était limitée, ce qui stimulait la créativité. Bien sûr, on trouve parfois de bonnes surprises dans les jeux indépendants, mais la plupart reprennent des recettes des années 80 et 90. Je peux l’affirmer après en avoir testé un grand nombre récemment. Être un « nostalgeek », c’est être conscient du passé dans le domaine de l’informatique et comprendre les imbrications dans notre présent. Il ne s’agit pas de vivre dans le passé et rejeter le futur. Il s’agit de prendre du recul pour répondre aux vrais besoins impérieux dans les défis de l’avenir. Crois-t-on que créer de fausses vidéos en “Deep Fake” est un objectif pour l’avenir ? Comprendre la mise en scène, le montage, et la manière de filmer ne serait-il pas plus intéressant pour décoder cela ? idem pour simuler une boite avec une figurine à son image…quand c’est tellement glorifiant de faire des maquettes réelles.
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lui aussi a réfléchi…
Nous devons aussi être conscients des dangers que représentent l’IA et les ordinateurs dans nos vies. J’ai du mal à imaginer quelqu’un se dire « nostalgeek » avant la quarantaine. L’expérience et mes erreurs m’ont beaucoup appris. J’ai vu l’essor des réseaux sociaux, des smartphones, des assistants personnels et d’Internet, et je peux imaginer faire beaucoup de choses sans eux. Beaucoup de mes collègues geeks, de mon âge, ont la même approche de la technologie que moi. Contrairement à d’autres de ma génération, je n’utilise ni l’IA, ni la VR, ni la plupart des applications, car je me rends compte des dangers que cela comporte. Nous entrons dans une ère de technofascisme, comme l’ont décrit de nombreux observateurs. Être nostalgique, c’est aussi penser que le passé était plus simple, mais pas forcément meilleur. Il n’y a que nous pour rendre meilleur ce présent et ce futur et comprendre qu’une innovation a toujours le risque d’être détournée de son objectif. Nobel, Einstein, Oppenheimer l’avaient compris dans leurs domaines, et bien trop tard, tous génies qu’ils étaient. Alors imaginez nous avec des inventions dans nos mains et nos cerveaux distraits…