Réflexion - Comment noter le Retrogaming

Le Rétrogaming est à la mode et on retrouve de plus en plus de critiques d’anciens jeux ou de nouveaux jeux sur d’anciennes consoles/ordinateurs. Mais comment noter ces jeux ?

Pour moi, il y a deux manières de voir les choses : On remet dans le contexte de la console ou de l’ordinateur de l’époque ou on regarde ça d’un oeil actuel avec sa propre culture vidéoludique.

Dans le premier cas, cela nécessite une très bonne connaissance du contexte de l’époque et de la plateforme concernée. Autrement dit, il faut soit l’avoir vécu, soit avoi particulièrement joué sur ce support, en être passionné. Pour ma part, si j’ai joué pas mal dans les années 80-90, je ne me sens pas à l’aise avec les ordinateurs et consoles que je n’ai pas eu, comme par exemple le ZX Spectrum et ses graphismes plus limités que l’Amstrad que j’avais, ou encore les consoles Atari 2600 et antérieures. Je commence à me faire au MSX et à l’Atari 800. J’ai moins de problème avec les Master System, NES dont j’ai pu tester pas mal de jeux.

Dans le second cas, je me mets dans la peau d’un joueur plus actuel. Autant dire que le critère des graphismes pèse déjà un peu plus. Il faut avoir la capacité d’abstraction, d’imagination. Et même si on redécouvre le pixel art, il y a des habitudes prises avec des jeux plus récents. Prenons par exemple les Quick Time Events, apparus surtout dans les années 2000 après Shenmue. Ils pimentent des aventures trop linéaires mais est-ce que cela manque dans d’anciens jeux d’aventure ? On redécouvre aujourd’hui les aventures Point’n Click à la Sierra/Lucasgames. Doit-on copier ces systèmes ou apporter de l’innovation ? N’est-ce pas d’abord l’immersion dans l’aventure qui compte, la capacité du joueur à se prendre pour le/la héros/héroïnes? On peut aussi s’extasier sur des graphismes plus artistiques que photoréalistes, ou passer totalement à coté.

Ensuite il y a la manière de noter et chaque joueur est sensible à des éléments autres que la pure jouabilité. Il y a la musique, qui va rester souvent dans la tête quand elle est réussie. Il y a les graphismes et la résolution, le nombre de couleurs, éléments importants dans les années 70-90, au delà des limitations du support. Je rajouterai également la qualité de l’animation et des sprites. Je me souviens aussi que je m’extasiais des scrolling parallaxes, cette capacité à créer de la profondeur en faisant un défilement sur plusieurs plans à différentes vitesses. Mais pourtant, aujourd’hui, j’ai d’autres critères que celui du jeune Iceman. Il y a également des genres auxquels on est plus sensible que d’autres. J’ai été fan de jeux de course. J’ai eu une période FPS, une période stratégie 4X ou même Stratégie temps réel (RTS). Je me suis lassé à un moment des jeux de plateformes ou des casse-briques…Et j’y reviens aujourd’hui. Parfois on sature et cela déforme un peu notre notation.

Aujourd’hui, je suis plus sensible à la jouabilité, à la progressivité de la difficulté (peut-être parce que je suis plus nul qu’avant?). Je le suis moins aux aspects graphiques et sons, même si j’ai un seuil de tolérance pour les deux. Je suis parfois surpris du manque de son qu’il y avait sur certains jeux Amstrad restés dans ma mémoire. On entendait bien le ventilateur et les bruits du lecteur de disquette, à tel point que des émulateurs les recréent. Je me surprends aussi à ne pas approfondir assez certains jeux si je ne suis pas captivé dans les premières minutes. Pourtant il y a des jeux qui méritent de s’investir. Au début je pestais sur Elite à ne pas pouvoir entrer dans une base et me crasher lamentablement. Aujourd’hui j’aurais pu passer à coté de ce chef d’oeuvre. Et justement à cause de cela, certains jeux captivent rapidement mais sont insipides ensuite, car répétitifs. Le joueur a évolué, même le vieux joueur, notamment pour nos perte de capacité d’attention, ou le trop plein de sorties chaque semaine qui nous fait passer de l’un à l’autre.

Comme je regroupe plusieurs jeux en une session, j’essaie déjà de ne pas prendre le même type de jeu. J’essaie de me focaliser sur le système, la maniabilité déjà. Le problème de l’émulation est parfois qu’il faut des réglages spécifiques. Je me méfie aussi de mon propre effet Waouh et je me force à refaire et refaire le niveau où je bloque. Mais il faut aussi se dire que nous ne sommes pas parfaits, qu’il y a l’état d’esprit du moment, la patience et aussi notre personnalité. Il y a des jeux qui divisent les testeurs. En dernier recours, je regarde quelques avis ou tests pour savoir si je suis passé à coté de quelquechose. Je m’intéresse aussi aux tests de l’époque, qui déjà montrent des divergences d’opinion, sachant qu’il y avait aussi des tests un peu “achetés” par les éditeurs. Plus que la note, c’est le ressenti qu’il faut arriver à retranscrire, avec les attentes que l’on pouvait avoir et le contexte dans lequel on voit ce test.

Il n’est pas non plus évident de se détacher de l’effet de mode du moment (j’en parle des Quick Time Events ??) ou de ses propres goûts personnels. Par exemple, je ne suis pas fan des jeux d’infiltration car je ressens trop de stress ce qui n’est pas ma vision d’un jeu vidéo. Ce n’est pas pour autant une raison pour descendre le jeu dans sa notation. Et si je n’accroche pas plus que cela au concept des SIMS dans les premières versions, je trouve cela bien fait, mais cousu de bugs, de ralentissements et de soucis de finition. Là aussi, l’émulation n’aide pas à percevoir ces soucis puisqu’il peut y avoir des problèmes dûs à l’émulation elle-même ou au hardware sur lequel on joue.

Comme toute oeuvre artistique, le jeu vidéo n’échappe pas à la difficulté de la critique. Je pourrais comparer le cas du retrogaming au fait de juger de films muets ou d’avant 1950, pire encore pour les films à effets spéciaux. Est-ce que cela peut nous procurer les mêmes émotions que le public de l’époque ? Certainement pas, tout comme l’entrée du train en gare de la Ciotat effrayait les premiers spectateurs du cinématographe. L’équilibre est complexe et il faut avoir un peu l’oeil de l’historien en plus de celui du passionné. Plus on a de critiques, plus on peut percevoir si ce que l’on attend du jeu sera présent. Dans Tilt dans les années 80, j’avais mes préférences sur les testeurs et idem quand je lisais Première pour les critiques cinéma. C’est un peu pareil dans le retrogaming. Il faut trouver testeur.se à son pied.


Ecrit le : 18/09/2026
Categorie : geek
Tags : geek,réflexion,informatique,hardware,test

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