Littérature - Pour ne pas Disparaître de Gabriella Papadakis (2026)

Je suis fan de patinage artistique depuis l’enfance (bien que très nul dans ce sport), et j’étais curieux de lire cette sorte d’autobiographie de la patineuse française la plus titrée de tous les temps. Et si on y rajoute quelques polémiques, …

Gabriella Papadakis, c’est la partenaire de Guillaume Cizeron, récemment titré avec une autre partenaire aux J.O (avec quelques autres polémiques aussi). Leur couple a été multiple champion du monde et d’Europe en Danse sur Glace, champion olympique et détenteur du record de note sur le programme libre. Comme la Danse sur Glace est la discipline que je préfère, ça tombe plutôt bien. Et pourtant, je préférais l’époque précédente avec les Duchesnay ou Torville-Dean, Klimova-Ponomarenko, ou encore Moniotte-Lavanchy. Je trouve qu’il y avait un coté moins guindé et en même temps encore plus de magouilles entre les juges, avec une prépondérance Russie vs Amérique du Nord. Il y a eu aussi l’ère Anissina-Peizerat et j’aimais la personnalité de Marina Anissina… et la séparation du couple montrait déjà qu’il se passait des choses en coulisse. Pour Papadakis-Cizeron, même chose, je m’ennuie à regarder Guillaume Cizeron et j’appréciais ce que dégageais Gabriella Papadakis sur la glace. Et pourtant en dehors, sur leurs interviews, j’avais du mal…Ce livre m’a permis de comprendre.

Autobiographie donc et ça veut dire parler des débuts sur les patins avec une mère entraineuse dans le club de Clermont, et une discipline de fer imposée dès les 9-10 ans. Comme l’explique très bien l’autrice, il y a plus de filles que de garçons et dès que l’on veut faire de la Danse, il faut trouver un partenaire mâle…qui va dicter un peu ses conditions avec ses parents, faire son petit marché comme dans un casting, sauf qu’à 10 ans, on s’engage sur une potentielle carrière de 15 ou 20 ans. Le jeune homme timide et un peu maladroit choisit donc cette jeune fille maigrichonne mais douée sur les patins. Je ne vous raconte pas la suite…. Mais c’est là qu’on entre dans des entrainements quotidiens qui commencent à 6h, des aménagements scolaires, des douleurs, des chutes et une recherche d’osmose parfaite le tout sous le regard d’adultes d’un milieu conservateur et friqué, les juges, alors que la famille de Gabriella n’a pas le sou. Très jeune, on leur apprend que c’est le garçon qui guide et pas l’inverse. Et bien vite cela déborde de la patinoire pour régenter aussi d’autres choix : Costumes, Chorégraphies, Musiques, … et même centre d’entraînement. J’ai juste en mémoire de très rares cas où la patineuse semblait prendre le lead sur la glace mais même chez Anissina-Peizerat, il y avait un tel poids décisionnel chez la famille Peizerat et la fédération que Marina a du avaler des couleuvres.

Derrière la perfection affichée, il y a beaucoup de souffrance, de la grossophobie, du patriarcat, etc…Je n’en doutais pas vraiment, le livre en est le reflet le plus terrible. Car il ne faut pas oublier que ces jeunes doivent traverser l’adolescence, la découverte de leur sexualité, et se retrouvent souvent loin de leur famille, dans un milieu pas très protégé. D’ailleurs on apprend que le violeur de Sarah Abitbol sera recasé comme accompagnateur et speaker par la fédération, restant un harceleur jusqu’à son décès. De meilleurs amis à leurs débuts, le couple formé se délite peu à peu. Guillaume Cizeron fera son coming out, Gabriella met du temps aussi à se construire dans ce monde qui lui dicte sa féminité, sa manière de paraître, de se maquiller, de s’habiller, de bouger, de se coiffer…Sachant que même les entrainements et les à-cotés sont observés par ces juges et ce milieu, il y a de quoi devenir paranoïaque pour un être normalement constitué. Gabriella accepte tant de sacrifices et n’a pas droit à la parole dans bien des cas, même devenue adulte et championne. Sans dévoiler tout le livre, il y a cette installation d’une emprise dans le couple, sans forcément une volonté de nuire de la part du patineur au départ. Mais le milieu est ainsi à encenser le patineur plutôt que sa partenaire qui se fragilise. Il n’y a qu’à écouter les commentaires parfois désobligeants, même de la part des commentatrices télé…également ex-entraîneur.se.

Comme je disais, je ressentais comme un malaise dans les interviews. Ca me paraissait sonner faux et il n’y avait pas toujours une joie sincère. Je comprends maintenant pourquoi. En point d’orgue, il y a le drame des Jeux Olympiques de 2018 où la robe de Gabriella avait craqué par deux fois, dévoilant au passage un sein. Je n’avais pas ressenti tellement d’empathie de la part des commentateurs et du partenaire, ni du milieu par rapport à ce que ça représentait pour la sportive et la femme. Si on y rajoute les prédateurs qui rodent aussi dans ce milieu et dans la vie tout court, il y a tout pour pourrir une vie durablement et user à la fois le corps et l’esprit. C’est la partie vraiment bien décrite dans le livre avec les charges mentales, le poids des sévices sexuels subits en plus de toutes les humiliations. Il faut une force mentale considérable pour passer cela mais cela finit par rejaillir, notamment physiquement. On a vu cela aussi dans le milieu du Tennis. Et les entrainements toujours plus pesant plus le poids des sponsors et médias rendent la vie des sportifs et athlètes de plus en plus insupportable.

Gabriella Papadakis a été vite gommée des souvenirs cette année, par ces commentateurs toxiques et sans culture. D’où le titre du livre…Mais pas que. Elle a trouvé avec courage une nouvelle manière d’exprimer son art, faisant maintenant des spectacles avec UNE partenaire, toujours avec autant de grace, de technique et de fluidité mais aussi dans des trio ou quatuors, se rapprochant aussi de la discipline méconnue de patinage synchronisé. Elle a aussi trouvé une nouvelle troupe, loin de l’usine à champion qu’elle a du fréquenter et qui continue de truster les sommets mais aussi à favoriser jalousies et trahisons. Cela montre que ce n’est pas le sport en lui même qui est toxique mais tout ce qu’il y a autour, les carcans, le sexisme d’un autre âge. N’oublions pas non plus que le monde de la danse a mis du temps à s’ouvrir à des couleurs de peau différente, des physiques différents. Je n’oublie pas ce qu’on subit d’autres patineuses comme Surya Bonaly et combien les costumes sont encore aujourd’hui symptomatiques de ce conservatisme et ce sexisme. Les choses commencent à bouger et le témoignage de Gabriella Papadakis devrait aider à ne plus recopier les erreurs d’antan chez les plus jeunes. Le livre se lit avec fluidité, sans fioriture, avec la sincérité d’une femme et je ne suis pas sûr que les contradicteurs de son autrice aiet intérêt à faire des procès. Ils devraient faire leur propre examen de conscience, l’ami et ex-partenaire de la nouvelle partenaire de Guillaume Cizeron étant accusé de violence sexuelle…

Finissons donc sur une chose plus réjouissante…

Une danse de Gabriella video


Ecrit le : 24/04/2026
Categorie : litterature
Tags : litterature,feminisme,sport,patinage,2020s

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