Photo et un peu plus - Un Matin au Canal Saint-Martin
C’est pour tester un appareil photo argentique fraîchement réparé que je suis allé du côté du Canal St-Martin à Paris.
Oh, de nos jours, il n’a plus trop sa fonction initiale. Il n’apporte plus vraiment d’eau potable dans la ville et le trafic entre le port de l’arsenal (près de la Seine) et le bassin de La Villette n’est pas très fréquent. Mais il conserve pourtant beaucoup d’autres attraîts. Déjà, il a besoin de 9 écluses et cela donne lieu à de jolies construction datant de sa création en 1825. Je n’en verrai qu’une en fonctionnement ce matin là, pour une péniche touristique bien peu remplie. Nous sommes pendant la première canicule parisienne de l’année et la matinée ressemble déjà à un après midi de juillet. Je descend vers le canal en empruntant le passage à coté du gymnase de la Grange aux Belles. L’aménagement de la fin des années 70 a été un peu modernisé et je croise les employés de la ville qui se raffraichissent en nettoyant leurs véhicules. Arrivé Quai de Jemmapes (du nom de la bataille remportée par l’armée révolutionnaire de 1792), je prends sur la gauche pour rejoindre le large bassin des Récollets (un ordre religieux mendiant). C’est ce bassin qu’on a ouvert à la baignade pour la canicule en ce moment, l’élu parisien Ian Brossat s’y montrant pour en faire la promotion.

Mon argentique est chargé d’un film Fomapan 400, cette fois, et je tente une prise de vue au jugé, en mode “Street Photography”. On verra bien…OK, la photo est un peu trop loin pour ce monsieur qui promène son chien et prends aussi un peu de fraîcheur. Nous sommes en mai et il y a peu de travailleurs à cette heure. C’est devenu un peu plus un spot touristique. Pas de vent, l’eau est quasi imperturbable avec parfois cette fine brise qui crée quelques ridules. Je croise une autre dame promenée par son chien, un jeune spitz qui aimerait peut-être bien enlever son épais manteau de poils roux.

Me voilà arrivé à la passerelle Bichat, qui est bien loin de l’hôpital du même nom…et qui maintenant a pris le nom de Michelle Morgan depuis 2 ans…Est-ce que quelqu’un dira à son être aimé “T’as d’beaux yeux tu sais”, comme Gabin dans “Quai des brumes”. Cette passerelle est la quasi jumelle de celle d’Arletty, autour de l’écluse des Récollets. Arletty, parce qu’elle y a donné la fameuse réplique dans le film “Hotel du Nord”, de Marcel Carné. Je vous passe toutes les anecdotes autour de ce bâtiment, toujours autant photographié. Pour l’authenticité, on repassera. Je préfère profiter du calme de cette eau et du peu de monde qui regarde les bâtiments par reflets. Quelques étudiants, des touristes et des couples amoureux et on se croirait presque dans un décor de carte postale…Ce n’est pas encore l’ambiance bars et musiques du soir, un peu plus loin.
J’aime particulièrement les ponts tournants de ce canal. Celui de la Grange aux Belles jouxte justement la passerelle Arletty. Il permet aux nombreux cyclistes de traverser car elle est raide, la pente de la passerelle avec ses marches. Et ça tombe bien puisque je le vois fonctionner et se positionner lentement, lâchant les furieux et furieuses en vélos à assistance électrique et autres fat bikes. D’ailleurs la circulation automobile est peu présente de ce coté du canal, ce jour là. De quoi entendre la sonnette d’un vélo … ou le déclenchement de mon appareil mécanique.

Je passe aussi de l’autre coté du canal pour contourner cette écluse et revenir par ces deux passerelles. J’essaie encore quelques photos au jugé à hauteur de poitrine mais aucune scène ne saisit mon regard. Ah si, voilà un groupe d’enfants d’une école alentour avec leur chasuble siglée pour ne pas en perdre un… Deux professeurs les accompagnent, enfin je les suppose du métier. Ils sont bien sages malgré leur jeune age, ces enfants, et peut-être d’une école de parents un peu plus argentés que la moyenne, si j’en juge par leurs tenues. J’entends aussi un guide qui passe avec des touristes et d’autres qui décident de faire une pause sur le bord du canal. Quelques perspective donnent l’impression d’un Paris immuable.

Pourtant un peu plus loin, il y a la passerelle Emmanuelle Riva, du nom de cette actrice qui connut la gloire dans les années 50-60. Pour l’actrice d’“Hiroshima mon amour”, ce n’est pas “Paris sous les bombes”, mais certains graffeurs se sont fait plaisir sur cette passerelle. Justement, je trouve que ça lui va bien en modernisant un peu le lieu, même si je préfère autre chose qu’un simple nom ou pseudo.


Le flot des touristes commence déjà à se dissiper et la chaleur se fait déjà présente. Les bars vont ouvrir un peu plus loin et avec eux les berges se couvrir de canettes et de corps, dans un brouhaha désordonné. Je préfère me perdre en remontant sur l’hôpital Saint-Louis. J’ai comme une impression de Paris au mois d’août dans cette chaude matinée. Pas besoin de plan ou de GPS, je fais au feeling en revenant vers le nord-est. Des aménagements ont été faits pour végétaliser certaines rues, tout en les rendant piétones. C’est agréable et je vois un monsieur âgé profiter d’un des bancs. J’ai rangé l’appareil dans le sac quand soudain je tombe sur un mur coloré par une oeuvre de street-art.
OK, je n’ai pas de pellicule couleur pour ce “La Maison Bristrot” qui jouxte justement le bistrot du même nom. Une bonne idée dans cette rue Vicq D’Azir. Je ne connaissais même pas ce médecin et naturaliste du 18ème siècle qui officia auprès d’une certaine Marie-Antoinette. Apparemment, je vois qu’il était un pionnier de l’anatomie comparée…Ca peut toujours servir mais je ne crois pas qu’il ait beaucoup inspiré nos street-artists. Je termine mon vagabondage du jour sur le boulevard de La Villette, que j’ai souvent emprunté du coté de Jaurès. Je m’apperçois alors qu’il garde le même nom malgré qu’il n’aille pas totalement jusqu’au bassin du même nom et soit partagé largement par le métro qui s’enfonce peu à peu sous terre…ou en ressort dans ce sens.

Et si le but de cette (courte) ballade était de me faire un peu la main sur un appareil photo et de voir si le 400ASA était le meilleur compromis, il m’a évidemment fallu attendre quelques jours encore pour terminer la pellicule et en voir le résultat. De quoi nourrir toujours quelques regrets mais c’est ça aussi l’apprentissage.
photos réalisées sur un Konica C35V 38mm f/2,8 sans que je prenne le temps de regarder vitesses et ouvertures réelles.
La trace GPX : ICI