Expo - Normandie dans la Brume
La brume est toujours fascinante et difficile à appréhender en photographie. Elle masque les détails, adoucit les ombres ou peut même en créer. Parfois intense ou légère, elle est à l’opposé de la recherche de netteté, dans une tendance très floue.
Il y a parfois des brumes de chaleur, l’été qui bouchent l’horizon. Un piège qu’il faut déjouer en se rendant disponible à l’heure dorée, tard le soir. Si j’ai déjà montré cette photo dans sa version couleur, il est intéressant de regarder la version noir et blanc. La brume est faible en fond, permettant de mieux détacher le premier plan, sans jouer trop avec l’ouverture de l’appareil. Je me suis posé la question de la présence de Salers bien loin de leur région d’origine. Sûrement pour vendre de la viande plutôt que du lait…peut-être plus rentable pour les subventions ?

Mais parfois pour le même type de sujet, on préfèrera l’ambiance brumeuse d’un matin. L’horizon est bouché et cette fois c’est dans la globalité que l’on regardera, sans forcément mettre en avant un élément, ici une vache. Je voulais montrer la rudesse de l’environnement plutôt que la beauté du bocage normand, quoique ça n’y enlève rien. Enfin normand, on pourrait s’y tromper avec ces charolaises.

Mais parfois, on veut trop en faire. Le ciel est à l’orage, on veut rendre tout cela plus dramatique en post-traitant l’image. On accentue le contraste, on renforce le coté sombre. Ce genre de réglage est très prisé sur certains réseaux sociaux au point de s’éloigner de la réalité pour le spectaculaire. Avec l’IA, on pourrait même gommer des éléments superflus…ou les rendre superflous. Ici les artefacts de compression et le fort ISO rend le ciel incertain. Ca rajoute artificiellement du grain qui fait passer la photo pour vintage. Il n’en est rien.

Il suffisait juste de tourner un peu plus la tête pour remarquer que les haies successives étaient un sujet suffisant mettant en avant la douceur des gris, les nuances. Là encore, l’heure est importante pour pouvoir observer ce type de paysage. La lumière du soleil est peu haute. Je me suis juste posé la question de la nécessité d’intégrer la haie devant moi ou pas. J’étais en numérique et l’essai était plus facile et immédiatement corrigeable. En argentique, j’aurais sûrement fait différent. Le paysage a échappé au désastre du remembrement, gardé ses haies refuges de la bio-diversité.

Je n’avais pas très loin à aller pour cette brume matinale sur un champ central d’une station balnéaire. Tout n’a pas été revendu à des promoteurs avides de bétonner tout ce qu’il est possible d’occuper. Mais le danger guette et bientôt même les chevaux n’auront plus d’herbe et de champs, juste un box et un petit bout de terrain où tourner pour les touristes et les enfants fans d’équitation. La dernière ferme de la ville a été fermée il y a 10 ans au moins. Même là, la ruralité disparaît.

J’aurais bien d’autres exemples ailleurs qu’en Normandie. Le matin est le moment que je préfère pour son calme et le soleil qui s’élève doucement pour distiller sa lumière. La nature se réveille, et on peut même profiter de la rosée du matin sur les fleurs et plantes, parfois avec quelques insectes en macro. Mais ça, c’est un autre sujet.
