Littérature - Le Souffle de la forêt de Simonetta Greggio (2025)
Sous titré “Sur les traces de Simona Kossak”, ce livre nous emmène à la découverte d’une femme polonaise qui dédia sa vie à la nature et aux animaux.
L’autrice a pris le parti de mélanger des témoignages réels et un récit romancé. C’est donc officiellement un roman. Pourtant, la trame et l’héroïne sont bien vrais : Simona Kossack est né dans une famille bourgeoise que le communisme et la vie va faire sortir de son statut. Fille d’un peintre et d’une famille d’artiste, elle vit dans une grande maison entourée par la nature et s’intéresse vite aux animaux qui l’entourent et aux plantes, plutôt qu’aux cours. Elle a du mal à se faire sa place dans la société des humains mais parvient quand même à jouer le jeu pour une carrière scientique de biologiste. C’est pourtant un peu le hasard, et l’hostilité de sa hiérarchie qui l’emmènent dans la plus vieille forêt primaire d’Europe, à la frontière est du pays.
Simona Kossack s’installe alors dans une vieille bâtisse en pleine forêt, sans eau courante ni électricité et y vivra toute sa vie. Elle partage sa vie avec un photographe animalier rencontré par hasard aussi et rédige des articles sur le comportement des animaux qu’elle peut observer à loisir, et recueillir. Elle est une disciple de Konrad Lorenz et va donc s’inscrire dans cette nouvelle discipline de pyschologie animale vite rebaptisée Ethologie. Marginale dans sa discipline, moquée par les autorités, elle est obstinée et inflexible et parvient à se faire entendre.

Simona et ses amis animaux
Elle recueille une femelle sanglier, une lynx ou des hulottes, des élans jumeaux. Ils vivent avec elle en harmonie ou presque. Elle dénonce les pratiques barbares de ses collègues qui piègent des animaux pour les étudier. Elle dénonce aussi l’administration des forêts, notamment celle où elle se trouve où les forestiers ne comprennent pas qu’il faut laisser les arbres mourir pour favoriser d’autres vies, animales ou végétales. Une théorie plus largement partagée depuis mais encore trop rare. C’est une visionnaire pour bien des choses mais elle s’éloigne de l’aspect politique des choses ce qui provoque des critiques à son égard. Elle est plus dans la théorie que dans l’activisme, en effet.
Le livre de Simonetta Greggio est assez particulier, mélangeant les témoignages, des extraits d’écrits de Simona ou d’enregistrements, avec des passages de sa création pour romancer la biographie. Elle avoue avoir combler des trous avec son invention ou avoir essayé de dénouer les fils de cette vie mystérieuse. Son héroïne n’est pas forcément l’exemple à suivre pour tout mais c’est une figure féminine rare dans un milieu scientifique encore trop méconnu. J’ai parfois eu du mal à faire le tri dans la structure du récit mais j’ai été emporté par la personnalité de Simona Kossack, aussi mise en lumière dans un film polonais, Simona, il y a quelques années. Décédée prématurément, son histoire met en lumière la relation que l’Homme devrait entretenir avec la nature, au sens le plus large : Une cohabitation et une Empathie autant pour le végétal que l’Animal. Sa manière de vivre fut peut-être extrème mais elle a permis d’ouvrir des portes à la compréhension de nos voisins visibles ou invisibles à nos yeux. Ce n’est peut-être pas le meilleur livre pour découvrir le personnage mais il a le mérite de mettre tous les éléments sur la table et de nous laisser faire le tri par nous même.