Littérature - Etoiles, Garde à vous de Robert Heinlein (1960)

Livre controversé d’un des grands de la SF, ce livre est plus connu par son nom anglais, Starship Troopers, et le film qu’il a “inspiré”. Restait donc à le lire dans une traduction française.

Quand je parle de controverse, je parle de la dérive droitière de l’auteur et de ce qu’on peut lui faire dire à travers ce récit : Un témoignage à la première personne d’un jeune militaire, gosse de riche, qui devient fantassin dans les troupes terriennes avant de se retrouver en pleine guerre interplanétaire face aux “punaises”, des sortes d’arachnoïdes. Je n’avais pas d’à priori en me lançant dans la lecture, si ce n’est que j’avais vu plusieurs fois le film de Paul Verhoeven. Ce dernier affirme s’être ennuyé et avoir pris le contrepied du récit originel. Soit… Je n’ai pas ressenti cet ennui aux premiers chapitres mais je me suis lassé parfois des récits de casernement qui s’éloignent plutôt de l’environnement SF du reste du livre.

Car là où le livre est intéressant, c’est dans son imaginaire : Des soldats dans des exosquelettes ou armures avec des munitions nucléaires, des armes surpuissantes, des ennemis qui déboulent de partout, etc…J’avoue que j’ai rapidement oublié la version du film pour me sentir un peu plus dans une partie de Warhammer 40,000 avec ses space marines, eux même aussi inspirés du comic book Rogue Troopers, sauf graphiquement…J’ai bien ressenti aussi les horreurs de la guerre et du champ de bataille, ce qui m’aurait fait penser que l’auteur n’est pas si fan que cela de l’armée. En réalité, la première partie est celle du jeune idéaliste qui veut fuire sa condition sociale mais se retrouve en quelque sorte piégé. Heinlein a aussi développé une sorte de Dystopie où l’armée est au centre de la notion de citoyen, celui qui vote, mais aussi se reproduit, même si une bonne partie de la population terrienne semble délaisser ce droit de vote à d’autres. Mais on sent se développer chez le héros un sentiment d’appartenance à cette sorte de fraternité virile. Je dis virile car il y a assez peu de femmes, à part une, plus intelligente et rapide que les hommes. On reste dans le stéréotype de l’époque.

Je ne peux m’empêcher de remettre ce livre dans le contexte de l’écriture : L’écrivain a quitté l’armée mais en reste proche. Il y a eu la Guerre de Corée et sa partition du territoire, une sorte de défaite mais aussi une boucherie (3 à 5 millions de morts, essentiellement civils), et la guerre Vietnam n’en est qu’à son début. L’utilisation de l’arme nucléaire a marqué aussi durablement Heinlein qui en prédit la “miniaturisation” sur le champ de bataille, sans qu’il y ait pour autant de conséquences très claires ici. L’utilisation du terme “punaise” pour désigner un ennemi dont on ne sait distinguer les “ouvrières” des “soldats” rappelle aussi la guerre de Corée. Et puis il compare aussi cet ennemi à un état communiste…Or on sait qu’ensuite il soutiendra le conservateur Barry Goldwater à la présidence des USA.

Malgré ce contexte d’écriture, je le sens comme hésitant, ce qui explique les différentes interprétations opposées du livre. Par exemple, le rôle de son professeur, Dubois, qui semble l’avoir influencé inconsciemment mais dont il découvre ensuite la vie militaire : Est-ce une critique de la manipulation des esprits dans le milieu professorale ou des ces gens qui pousses à s’engager tout en restant à l’abri ? On le sent critique sur le sacrifice des troupes dans de mauvaises stratégies de l’état-major. On le sent critique dans les châtiments et brimades lors de l’instruction militaire. Mais tout se met en place ensuite dans l’esprit de son héros qui en voit finalement l’intérêt et s’engage plus durablement…J’arrête là le spoiler. Il décrit aussi la colonisation de l’espace et emprunte à son ami Asimov quelques théories sur les différences de développement de l’espèce humaine entre Terre et autres planètes. Et justement, on peut y voir un peu plus d’impérialisme ici dans certaines descriptions avec cette volonté d’apporter “le progrès humain” à ces planètes et populations, plutôt que de les laisser aux mains des… “punaises”.

Cela dit, sans cette double lecture, ça reste un agréable récit SF, souffrant juste des longueurs des interrogations de notre héros, Johnnie. Je le mets tout de même un bon cran en dessous de ses contemporains. J’ai comme un goût d’inachevé sur la description de cette dystopie, de cette confédération terrienne et cette société qui tente de réguler son expansion tout en cherchant à dominer l’univers proche. On n’est pas très loin de ce que Barjavel écrivait, et évidemment Erle Cox. Peut-être aussi n’est simplement pas le but de l’auteur qui parle plus d’un parcours initiatique militaire et l’agrémente d’un univers cohérent et un peu fantasmé. C’est quasiment dans le dernier quart que j’ai pu y trouver plus de profondeur dans la description de l’univers et plus de tension dans l’intrigue. Je n’en regrette pas pour autant la lecture mais je m’attendais à mieux. Après tout, Starship Troopers le film fut aussi vendu différemment de ce que j’ai pu y voir. De là à en faire un classique, je ne suis pas forcément d’accord, même si cela résonne différemment à notre époque.


Ecrit le : 04/05/2026
Categorie : litterature
Tags : science-fiction,livre,littérature,guerre,armée,fascisme

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