Réflexion - Repenser les petites villes et villes moyennes du futur

Les urbanistes se penchent toujours sur l’urbanisme des grandes villes mais bien peu sur les banlieues ou les petites villes rurales qui ont subies de plein fouet la révolution de mobilité depuis les trente glorieuses.

Car en repoussant les populations dans les banlieues des grandes villes et en désemplissant les campagnes, cela a transformé l’aménagement du territoire dans une course effrénée et non réfléchie. Les villages sont parfois devenus des quartiers de plus grandes agglomérations lorsqu’on a bétonné à tout va toutes les cultures alentours. La voiture a été privilégiée dans cette course à la supposée modernité, donnant la possibilité d’aller chercher plus loin ce dont on a besoin (nourriture, service, biens matériels…). Mais au 21ème siècle, marqué notamment par la crise du COVID et la transition énergétique, tout change sauf ces aménagements hérités d’il y a 70 ans.

Aujourd’hui, l’Homo-Capitalis a essentiellement deux choix : La zone commerciale ou le Online (en ligne en bon françois). Le commerce de proximité, plus petit, souvent plus cher car très spécialisé, a été terrassé par ces monstres de supermarchés. Enfant des années 70, j’ai vu et participé à cette transformation. La quincaillerie du quartier qui pouvait nous vendre des vis à l’unité a disparu et maintenant on n’a plus de conseil pertinent et on se tape des lots de 10 sans utilités…qu’on paye finalement plus cher. Si je ne regrette pas la boucherie chevaline du quartier de mon enfance, je suis content d’avoir à moins de 300 m une épicerie et un primeur. C’est plus cher mais il y a tous les basiques et on peut même passer des commandes. Le terme québecois “Dépanneur” est si approprié pour cela (même si ça va un peu plus loin que l’épicerie souvent là bas).

J’ai revu les centre-villes des lieux où j’ai vécu dans mon enfance et c’est devenu symptomatique de cette transformation. On a des fast-food, des réparateurs de téléphones, un coiffeur, une salle de fitness, mais disparus les primeurs, épiceries, magasins de vêtements, de chaussures, merceries, papier-peints et peintures. Plus de libraire non plus. Tout cela est “remplacé” par le en ligne ou les grosses chaînes du genre Castorama, Décathlon, Carrefour, … à 3 ou 5 km de là, si ce n’est plus. Pour certaines villes, il n’y a même plus rien du tout. Alors maintenant il faut reconnaître qu’il y a moins besoin du grand parking qui défigurait la place principale de la ville. Il y a maintenant des arbres et une fontaine, à nouveau. Plus besoin non plus de zone piétonne puisqu’on ne saurait quoi y chercher. Quant au vélo, il ne servirait ici pas à grand chose puisque plus rien à aller chercher dans les petites sacoches derrière la selle. Effet boule de neige, plus d’activité en centre ville veut dire désertification, départ des jeunes ou bien parfois criminalisation comme on a pu l’observer aussi aux… USA il y a deux ou trois décennies.

Aujourd’hui nous considérons comme un acquis le fait de pouvoir circuler en voiture et donc pouvoir se garer et aller chercher les services dont on a besoin dans les villes 25 km autour de nous. Sauf que la voiture coûte et coûtera encore plus cher (+40% en 6 ans et ça continue), qu’elle devra se recharger, quoi qu’en disent mes collègues attachés au thermique. La ville moyenne avec pavillon peut s’adapter à la charge chez soi et les autonomies sont suffisantes aujourd’hui pour l’envisager. Pas les zones d’immeubles par contre qui continuent de fleurir pour concentrer l’habitat. Ici, pas de tarif économique ou social : Il faut payer plein pot à la borne avec abonnement qui est à 500 m de chez soi, au mieux. Double peine quand on veut économiser ou rentabiliser cet achat écologique. C’est bien une mobilité à deux vitesses qui s’installe si rien n’est pensé pour … se passer de la voiture.

Car si la voiture devient inaccessible aux classes dites populaires et même aux classes moyennes, les besoins de services et d’alimentation restent identiques. Ramener tout ce qui a été concentré en périphérie ne se fera pas facilement sans transformer notre manière de consommer. Acheter en fin de semaine pour deux semaines, faire du stock parce que la voiture le permettait, c’est bien…Mais je connais des pays qui conservent l’habitude d’acheter un peu, régulièrement, du frais, ce qu’on a réellement besoin. Il faudrait parfois se tourner vers ces pays dits du sud ou qui n’ont pas perdu encore leur âme en copiant nos mauvaises pratiques. Quand je vois fleurir des consultations sur les aménagements urbains, j’ai parfois de l’espoir. Mais c’est sans compter sur notre conservatisme et nos habitudes de consommateurs. Ce n’est pas avec un cycle de municipales qui arrive que cela va changer.

Se souvenir aussi de nos pratiques passées, de celles de nos grands parents. Non pas que ça soit mieux avant, formule toute faite qui justifie bien des conservatismes, mais notre société de consommation nous détruit nous même. Avant on allait chercher du lait avec un pot, pas un pack pasteurisé. On prenait quelques yaourts dans le pot en verre, ne perdant pas du temps à faire le choix entre 10 marques du même type de produit dans un immense entrepôt éclairé comme en plein jour. On prenait le fruit et le légume de saison, parce qu’on ne lui faisait pas parcourir un quart du globe. On marchait ou on prenait le vélo pour aller à 3 ou 4 km au lieu d’aller s’enterrer dans une cave de fitness pour exposer son égo sur un réseau social. Alors bien sûr il n’y avait pas le fruit du dragon, les tomates en toutes saisons et les pommes bien brillantes mais justement, s’il n’y a plus de saisons, c’est un peu à cause de … l’humain. Cet humain qui préfère concentrer tout dans un grand hôpital régional, mettre des spécialités médicales au rabais dans des centres commerciaux, voir des vétérinaires passer de cliniques en cliniques comme des mercenaires, recréer des maisons de service qui ne savent plus répondre aux cas particuliers, surtout quand on n’a pas son compte en ligne. La modernité supposée qui laisse autant de monde au bord de la route n’est pas le bon chemin.

Reste à trouver quelques bons exemples à montrer, pour dire que c’est possible de recréer des petites villes vivantes avec des commerces, des médecins, de la clientèle. J’en ai vu quelques unes comme les derniers des mohicans dans des reportages. Une tendance qui frémit ? Et dans les grandes villes, recrée-t-on à nouveau des quartiers avec cet esprit village qui fut absorbé ? Il a disparu de Montmartre ou des Halles devenus attraction touristique, destination de la haute bourgeoisie ou centre commercial. La vague de néo-ruraux du Covid n’a pas fait long feu partout mais parfois ce genre d’évènement devrait se répéter pour nous faire réfléchir.


Ecrit le : 19/01/2026
Categorie : reflexion, environnement
Tags : geek,réflexion,environnement,urbanisme,

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